Introduction:
Accroche: Dans une lettre adressée à Théodore de Banville en 1870, Rimbaud écrit: “Nous
sommes au mois de l’amour, j’ai presque 17 ans, l’âge des espérances et des chimères,
comme on dit. [...] Je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, pardon si c’est
banal, à dire, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes.” Rimbaud
souhaite rendre le langage capable d’exprimer l’inexprimable, capable de dire l’inconnu.
Présentation et problématisation: Dans ce sonnet, Rimbaud fait l’éloge du mode de vie
bohémien, un mode de vie d’artiste qui se désintéresse de l’argent mais qui s’attache aux
plaisirs des arts et de la fête. Rimbaud rend hommage à ce mouvement mais aussi le
redéfinit, se l’approprie. Le sous-titre “fantaisie” est important aussi, renvoyant à
l’imagination joyeuse, légère, dansante. Ce poème forme ainsi une transition entre l’enfance
et une forme de maturité, car Rimbaud s’émancipe de ses modèles et se projette en
créateur.
Lecture du texte:
Projet de lecture: Nous pouvons alors nous demander comment l’errance, la bohème de
Rimbaud, permet le renouvellement poétique.
Annonce du plan: Il s’agit dans un premier temps d’analyser le mouvement de fuite qui se
détache des contraintes pour accéder à une forme de liberté, avant de s’intéresser, dans un
deuxième temps, au mouvement qui s’arrête pour laisser place à la contemplation et à la
création poétique.
I. La libération du poète
Strophe 1:
- Tout d’abord, le poème s’ouvre avec le pronom personnel “je”, qui pose la
question d’une identité et de sa quête. Il va s’agir, à travers le poème, de
définir cette identité.
- Cette identité est redoublée par le verbe “s’en aller”, qui marque l’importance
de la rupture et du refus. Les “poings” sont des symboles de lutte et de
révolte.
- Les “poches crevées” montrent quant à elles une libération des biens
matériels
- Au second vers, les nombreuses liaisons créent des sonorités amusantes et
un rythme heurté qui imite le bruit de pas.
- “Mon paletot aussi”. Le paletot devient notamment un symbole de l’enfance,
avec un jeu de mots qui s’opère: le paletot devient comme une idée, car il est
complètement usé, mais aussi idéal au sens de parfait pour ce que le poète
veut entreprendre.
- Au vers 3, on assiste à une première métamorphose de l’identité, avec une
soumission à la nature . Le ciel apparaît comme une puissance protectrice.
- Ensuite, l’apostrophe à la Muse fait d’elle une allégorie, la poésie est
personnifiée. Elle devient une inspiration à laquelle le poète se soumet en
prenant sa position de “féal”, un mot qui appartient au vocabulaire du Moyen-
Âge.
- Rimbaud se métamorphose ainsi en chevalier, une image qui se poursuit au
quatrième vers de ce premier quatrain avec la notion d’”amours splendides”,
qui idéalise cet amour.