Introduction générale
Objet de recherche : le monde, qui peut être compris comme un espace d’échanges à l’échelle de la
planète. La mondialisation est donc le processus qui permet d’arriver à un espace d’échanges et
d’interrelations à l’échelle de la planète. Le monde que l’on connaît aujourd’hui est le résultat
d’évolutions et de processus de mondialisation.
• Avant le monde : pas encore de di usion à l’échelle de la planète. Ce qui précède le monde c’est tout
d’abord la di usion de l’Homo Sapiens sur la Terre.
• Les premiers Mondes (10e – 15e siècles) : on va trouver notamment les Anciens mondes qui
correspondent à l’Europe, l’Afrique et l’Asie qui sont interconnectés → routes marchandes,
commerciales. On y retrouve des sous-ensembles qui sont connectés entre eux et l’une des preuves
de ces connexions est la di usion [ex. la di usion de la peste au XIVe siècle entre l’Asie centrale et
l’Europe occidentale]. On trouve plusieurs « cœurs » qui regroupent une part importante de la
population → le monde indien, le monde chinois, l’Europe. Et entre ces mondes denses, les populations
et les marchandises circulent. Au Nord, il y a une première périphérie mais il y a tout de même une
intégration par les échanges. Au Sud, les routes maritimes vont interconnecter les espaces. Et à l’Est,
une certaine marge avec des espaces moins intégrés.
• Colonisation européenne (16e – 20e siècles) : à ce moment, les explorations se font sur les deux
façades océaniques : les Chinois avec Zang He, et les Européens. L’échec de la colonisation chinoise
s’explique par le fait que l’Empire Ming va davantage se concentrer sur ses frontières que sur les
découvertes lointaines (territoire centralisé). Ce qui s’oppose à une Europe polycentriste. = unification
des réseaux d’échange à l’échelle de la planète (notamment microbienne avec le « choc microbien).
S’en suit une importante concentration de richesses pour les Européens au XVIe et XVIIe siècle avec
une prédation sur un ensemble de ressources en tout genre = modèle économique d’exploitation
(plantations).
Christian GRATALOUP : géohistorien français spécialiste de la mondialisation et de la modélisation
des dynamiques spatiales.
Epoque contemporaine
La Guerre Froide (1947-1991) est une période qui débute au lendemain de la seconde guerre mondiale
et de la Conférence de Yalta (4-11 février 1945). Elle est liée à une série de conflits indirects entre deux
camps : américain et soviétique. A noter également l’importance de la conférence de Bandung (avril
1955) qui donnera naissance au mouvement des Non-Alignés et à la notion de « Pays du Tiers-Monde »
(SAUVY A.).
La période de 1991 à 2007 a longtemps été qualifié comme la « mondialisation heureuse » = phase
d’hyper-puissance américaine. Cette période est marquée par une littérature autour des questions de
métropolisation qui abolit la notion de distance et qui considère que le monde est devenu « plat ».
Francis FUKUYAMA The End of History and the Last Man : le capitalisme et la démocratie ont vaincu.
Samuel HUNTINGTON lui répond deux ans après en disant que l’histoire n’est pas achevée.
Quand finit cette période ? Il existe une multitude de dates, notamment :
- La crise des sub-primes en 2008 qui forme une rupture
- La catastrophe de Fukushima ou les Printemps Arabes en 2011
, - La « crise des migrants » de 2015
- L’élection de Donald Trump en 2017
Le retour de l’Histoire (2020-2025)
2020 : premier 2021 : deuxième 2022 : la France quitte 2022 : guerre en
confinement confinement le Sahel Ukraine
2023 : Hamas / Israël 2024 : chute de Bachar 2025 : Trump est à 2026 : seuil
el Assad nouveau élu symbolique des 1.5°C
Ce cours s’inscrit dans une tradition de géographes français :
- Olivier DOLLFUS : on lui doit les concepts de Système Terre (objet physique, environnemental)
/ Système Monde (objet social) ; et l’Archipel Mégalopolitain Mondial.
- François DURAND-DASTES : il a beaucoup travaillé sur les systèmes en géographie et
notamment sur l’analyse systémique et boucle de rétroaction.
- Christian GRATALOUP : analyse géo historique du monde et de la mondialisation → géohistoire
des mondialisations qu’il a déclinée & critique des projections (pdv situés et hiérarchie des
espaces) et des continents.
Lecture internationale
Chapitre 1. La puissance des Etats : les statistiques internationale, les facteurs
de puissance. Essai de typologie
Introduction
La puissance est une notion centrale dans le domaine des relations internationales. Elle peut être
définie comme la capacité d’action dont disposent les acteurs sur la scène internationale, mais son
approche di ère selon les théories. Pour Raymond ARON, elle est la « capacité d’une unité politique
d’imposer sa volonté aux autres unités ». Elle permet ainsi de peser sur le comportement de l’autre.
Le juriste Serge SUR la décline alors en deux types de capacités :
- Une capacité positive : celle de faire ou de faire faire à d’autres
- Une capacité négative : celle de refuser de faire ou d’empêcher de faire
Cette notion est traditionnellement utilisée pour décrire la capacité d’action des Etats, acteurs
prééminents sur la scène internationale.
La notion de puissance est relative. Elle ne vaut pas dans l’absolu, mais dans un contexte donné, et
pour une relation particulière. Les éléments caractéristiques de la puissance peuvent être un atout ou
une faiblesse selon la situation et la relation avec l’autre acteur.
Elle est également évolutive : les Etats les plus puissants sur la scène internationale ont évolué au fil
de l’Histoire. Mais aussi multidimensionnelle, d’abord de connotation militaire, les théoriciens des
relations internationales y ont ajouté d’autres éléments constitutifs : démographique, géographique,
économique, politique, culturelle, ou encore technologique. Joseph NYE distingue par ailleurs le hard
power, qui désigne la capacité coercitive, du soft power, qui renvoie à la capacité d’influence, exercée
sans coercition : diplomatie, alliances, coopération, di usion de la culture et de l’éducation, etc.
Théorie 1 – Le réalisme
,L’approche réaliste consiste à étudier la réalité telle qu’elle est. Aussi est-elle souvent décrite cille une
théorie explicative, ne cherchant pas à influencer les cours des évènements, mais à en analyser les
causes. Elle est un paradigme dominant dans l’étude des relations internationales.
La théorie réaliste calque la vision d’une nature égoïste de l’homme sur les Etats, qui sont en situation
d’anarchie. Elle estime ainsi que la guerre est inévitable, qu’elle soit avérée ou latente, car la
distribution et l’utilisation de la puissance sont le facteur principal des relations interétatiques.
Selon la théorie réaliste, les acteurs principaux des relations internationales sont dès lors les groupes
de conflit, à savoir, depuis l'émergence du système westphalien, les États-nations (vision stato-
centrée). La souveraineté des États, et plus précisément l'absence d'autorité supérieure à ces derniers,
y occupe une place fondamentale en ce qu'elle explique l'état d'anarchie tel qu'appréhendé par la
théorie réaliste. Les États-nations sont considérés comme des acteurs rationnels dont l'objectif est la
maximisation de leur intérêt national (puissance sur la scène internationale). La stabilité
internationale ne peut alors être assuré que par l'équilibre des puissances - qui n'équivaut pas à la
paix.
Ce courant devient celui dominant pendant la Guerre froide, apparaissant comme le plus pertinent
pour expliquer le rapport de force entre les deux blocs.
Auteurs :
- Origines :
o Sun-Tzu : L’Art de la Guerre → théorisation de la guerre et de ses lois ;
o Thucydide : La Guerre du Péloponnèse → théorisation de la guerre à travers l’exemple
de Sparte et Athènes ;
o Machiavel : Le Prince → diviser pour régner & pas de confusion entre morale et
politique ;
o Hobbes : Leviathan → état de nature mauvais & absence d’autorité supranationale &
besoin de sécurité.
- Réalistes et néo-réalistes :
o Hans Morgenthau : Politics Among Nations: The Struggle for Power and Peace (1948)
→ vision pessimiste et rationaliste de la nature humaine & paix comme résultat d’un
équilibre provisoire entre les volontés de puissances des Etats
o Kenneth Waltz : Theory of International Politics (1979) → vision systémique des
relations internationales & équilibres di érents selon le nombre de superpuissance
(unipolaire, bipolaire ou multipolaire).
Théorie 2 – Le libéralisme
Le libéralisme est un courant qui croit en la possibilité de réformer l’ordre existant. La naissance de
l’approche libérale est concomitante de l’émergence de la discipline des relations internationales, à
l’issue de la Première Guerre mondiale (Nielson). La théorie libérale s’axe autour d'objectifs à at
teindre, ce qui fait qu'on la qualifie de théorie normative.
Les libéraux considèrent que le recours à la force n’est pas une fatalité et estiment qu'il est possible
d'accéder à la paix par la démocratie, l’État de droit et le respect des droits humains. Postulant une
interdépendance entre les États, ils insistent sur le rôle formateur des normes, de la coopération et
des institutions internationales. Cet apprentissage pourrait tempérer l’anarchie pour aboutir à la
constitution d’une société internationale, ayant en partage un certain nombre de pratiques et
d'intérêts communs. La coopération favoriserait dès lors la pacification des relations internationales.
, Inspirée de la philosophie libérale, le courant libéral prend en compte, outre les États et les
organisations internationales, les individus. Une place importante est attribuée à ces derniers,
considérés comme agissant rationnellement et influençant les identités et intérêts des États.
→ influence de la politique intérieure sur la politique extérieure
Théories 3 – Autres approches
Le transnationalisme : part, comme le courant libéral, de l’individu, mais considère que les
individus n’agissent sur la scène internationale qu’à travers l’Etat et que l’ensemble des
acteurs de la scène internationale (étatiques et non étatiques) sont interdépendants.
Le marxisme et le structuralisme : réfutent le stato-centrisme de la théorie réaliste au regard
de l’asymétrie qui existe entre les di érents Etats, qui débouche sur des relations
d’interdépendance déséquilibrées. Dans le marxisme, les acteurs premiers de la scène
internationale sont les classes sociales (bourgeois et prolétaires), et le moteur du courant est
la lutte des classes.
Les approches post-positivistes : prennent du recul pour questionner l’objectivité et la
neutralité de l’étude des relations internationales par les théories existantes, en mettant en
lumière l’importance du contexte social dans lequel ces approches sont nées. On peut citer
pour exemple le post-colonialisme, qui attire l’attention sur l’absence de prise en compte du
contexte colonial.
Le constructivisme : s’intéresse à l’étude de la construction de la réalité sociale. Selon ce
courant, plus que les rapports de puissance, ce sont les perceptions qui guident le
comportement des Etat. L’intérêt national d’un Etat se construit en fonction de son identité,
de la représentation qu’il se fait de lui-même et des autres, et de sa perception de son
environnement.
I. Lire le Monde à travers la grille des Etats
A. Etat et monopole de l’information statistique légitime
Même si l'on utilise le découpage des Etats de façon purement instrumentale on ne peut ignorer la
nature profondément politique de ce découpage territorial et la violence (certes légitime) dont il est
porteur à l'égard des sociétés concernées.
Selon Max WEBER dans Economie et Société :
« Nous dirons d’un groupement de domination qu’il est un groupement politique lorsque et en tant que
son existence et la validité de ses règlements sont garantis de façon continue à l’intérieur d’un
territoire géographique déterminable par l’application et la menace d’une contrainte physique de la
part de la direction administrative. »
« Nous entendons par Etat une entreprise politique de caractère institutionnel, lorsque et en tant que
sa direction administrative revendique avec succès, dans l’application de ses règlements, le monopole
de la contrainte physique légitime. »
Que le pouvoir exercé par un Etat sur une société soit reconnu ou refusé par la majorité de la
population, il ne peut en tout état de cause obtenir le titre de pouvoir politique que s'il est établi sur la
base d'un contrôle territorial permettant fondamentalement de contrôler les flux de personnes,
d'information et de richesses. Un Etat incapable de contrôler ses frontières est ipso facto dans
l'incapacité de contrôler la société qui réside à l'intérieur de celles-ci et perd de ce fait sa qualité d'Etat,
au sens donné par M. Weber à ce terme.