Intro :
o Le mouvement humaniste, né à la Renaissance, se caractérise par son admiration des cultures
latines et grecques et par sa volonté de placer l’homme au centre de sa réflexion pour en assurer
l’épanouissement personnel, culturel, et politique.
o François Rabelais est alors un homme très influent de son temps, aux vocations multiples, et écrit
Gargantua en 1534. L’œuvre rompt avec les exigences médiévales : c’est un manifeste humaniste
qui redessine une conception de l’éducation, la politique et la religion, qui s’établit derrière le
comique et l’extravagance.
o Dans cet extrait du chapitre 21 de Gargantua, le narrateur décrit les études du jeune géant selon la
discipline de ses précepteurs sophistes, dans une transition entre la scolastique médiévale et
l’approche humaniste du monde. En fait, dans ce chapitre Ponocrates se place en situation
d’observateur.
o Pb : Comment l’auteur fait la satire de l’éducation dispensée par les sophistes ?
o Mouvements :
1er : à l’église (L1-6)
2e : hors de l’église (L7-12)
Analyse 1er mouvement :
L1-3 : Le narrateur montre tout d’abord que le savoir religieux transmis ici n’est pas très spirituel.
Dans la première phrase, le narrateur insiste surtout sur la taille immense du livre, le “contenant”.
En effet, dans un parallélisme étonnant, qui prête à sourire, il présente “dans un grand panier, un
gros bréviaire”.
La lourdeur de cet objet est largement soulignée par :
➢ des adjectifs numéraux : “onze quintaux six livres”
➢ l’insistance sur le poids de l’objet avec la double comparaison “tant en graisse qu’en
fermoirs et parchemins”
➢ l’assonance en [an], assez lourde : “grand”, “emmitouflé”, “tant en”, “qu’en”. De cette
façon est dévoilé la lourdeur de l’enseignement médiéval, bien éloigné des grandeurs
spirituelles.
l.3 : On retrouve l’importance sur la quantité, idée que seule celle-ci compte, dans la deuxième
phrase qui joue sur le nombre effarant de messes entendues. En fait, le champ lexical de la
liturgie (“messes”, “kyrielles”, “grain”) n’amène pas l’homme vers la contemplation car les
messes sont interminables et redondantes. Est suggéré le poids du péché dans ses églises,
comme si Rabelais reprenait à son compte les critiques de Luther formulées 17 ans plus tôt.
Ces premières phrases insistent sur la matérialité de l’objet et en aucun cas sur son contenu
spirituel. On peut noter la polysémie du substantif “livres” : le bréviaire pèse “onze quintaux six
livres” et cette syllepse ne semble pas anodine. Le matériel prime sur le spirituel.
l.1 : Ensuite dans cet extrait on observe un Gargantua passif dans cet apprentissage. Dans la
première phrase, Gargantua n’est pas le sujet des verbes : il est le COI, “on lui portaiy” des
choses.
Dans la suite du texte, certains éléments entrent en résonance avec le début du passage, pour
donner au texte un aspect à la fois comique et satirique.
l.3 : La locution adverbiale « pendant ce temps » indique que tout ceci se déroule de manière
simultanée. Ici, plusieurs éléments rendent cette phrase comique :
➢ l.4 : d'abord, l'apparence du diseur d'heures prête à rire : il est « emballé comme une
huppe ». La comparaison animale, comme le mot « emballé » rappellent l'aspect comique
du livre qui était quant à lui « empanthophlé ».
➢ l.5 : De plus, l'évocation de l'haleine alcoolisée du prêtre associe le moine au type comique
du moine paillard, très développé au xvi° siècle ; il l'est ici avec la périphrase comique du «
sirop de vignoble ».
En outre, ce passage montre que ces moments d'études ne sollicitent pas l'intelligence de
Gargantua : il n'est pas le sujet du premier verbe d'action (c'était le cas aussi dans les premières
phrases), et…