Peut-on dire que le chartisme fut un échec ?
De 1836 aux années 1850, en Grande-Bretagne, dans la première société industrielle, le chartisme fut
un mouvement populaire de masse sans précédent, mobilisant à son apogée 3 millions d’hommes et
de femmes. Les militants de la Charte du Peuple luttaient pour le suffrage universel masculin et une
société plus démocratique qui permettrait de vivre dignement de son travail. Le mouvement est né
de l’industrialisation et des conditions de travail inhumaines des ouvriers, ainsi que des déceptions
suscitées par la réforme électorale de 1832 qui élargissait le suffrage à la classe moyenne. Cependant,
après plusieurs années d’activités, le mouvement disparaît progressivement de la vie politique
britannique, ses journaux font faillite et les derniers leaders chartistes sont décédés ou incarcérés.
Peut-on dire pour autant que le chartisme fut un échec ?
I) Un mouvement ouvrier inédit et puissant
A) Qui rassembla le peuple à travers une conscience et des valeurs communes
Le nom du mouvement vient de son texte fondateur, la Charte du peuple, publiée en 1838 par
William Lovett et la London Working Men’s Association, qui reprenait les revendications radicales
soulevées depuis la fin du XVIIIème siècle à travers 6 points : le suffrage universel masculin, le secret
du scrutin (afin de lutter contre les pressions des propriétaires et des employeurs), l’abolition du cens
d’éligibilité, la rémunération des députés (pour que les hommes du peuple puissent siéger), l’équité
des circonscriptions électorales (pour que les villes industrielles soient aussi bien représentées que
les comtés et les bourgs anciens) et enfin l’élection annuelle de la Chambre des communes (de façon
à ce que les députés reflètent l’opinion populaire). Le terme de Charte est une allusion à la Magna
Carta de 1215, considérée comme la première pierre des libertés anglaises. Au fil du temps, une
réelle culture chartiste s’est créée. Les chartistes se réunissaient autour d’activités récréatives afin de
renforcer la solidarité. Cela pouvait être des toasts accompagnés de chants et poèmes chartistes
(toujours sans alcool car les chartistes prônaient un antialcoolisme fort dans une société britannique
où l’alcoolisme était très présent) ou encore des cours de débats. Il était devenu pratique courante de
donner à ses enfants le nom de figures du mouvement, O’Connor étant le favori. Des coopératives
chartistes (les Joint Stock Provisions Companies) furent mises en place pour permettre aux classes
ouvrières de se nourrir. Les chartistes étaient donc unis par des liens politiques et personnels. Les
membres signaient leur courrier « Chartistement vôtre » (Yours in Chartism) ou « Vôtre frère dans la
cause du droit contre la force ». Les chartistes convaincus habitaient le chartisme : ils ornaient leur
maison de gravures publiées dans le Northern star, achetaient leurs provisions dans des magasins
chartistes, envoyaient leurs enfants s’instruire dans des écoles chartistes et s’instruisaient eux-mêmes
lors des meetings. Certains chartistes allèrent même jusqu’à vivre dans des communautés chartistes
comme O’Connorville.
B) Des mobilisations pacifiques
Le mouvement marqua les esprits par sa volonté, originale pour l’époque, de se mobiliser de manière
pacifique. Ainsi les chartistes protestaient à travers des grèves, des boycott, des manifestations et des
journaux. L’imprimé avait une place très importante, il y avait de nombreux journaux chartistes dont
le plus populaire était le Northern Star, considéré comme une force majeure du journalisme radical et
le plus lu de son temps. Ce journal créé en 1837 par Feargus O’Connor se vendait chaque semaine à
environ 10 000 exemplaires. Les revendications chartistes étaient concrétisées par des pétitions
adressées au Parlement. Les plus célèbres qu’on retient aujourd’hui furent celles de 1839, 1842 et
1848. La pétition de 1842 ira jusqu’à recueillir 3,3 millions de signatures soit 1/3 des adultes de
Grande-Bretagne (le rouleau de papier faisait 300kg et ne put même pas passer la porte du
De 1836 aux années 1850, en Grande-Bretagne, dans la première société industrielle, le chartisme fut
un mouvement populaire de masse sans précédent, mobilisant à son apogée 3 millions d’hommes et
de femmes. Les militants de la Charte du Peuple luttaient pour le suffrage universel masculin et une
société plus démocratique qui permettrait de vivre dignement de son travail. Le mouvement est né
de l’industrialisation et des conditions de travail inhumaines des ouvriers, ainsi que des déceptions
suscitées par la réforme électorale de 1832 qui élargissait le suffrage à la classe moyenne. Cependant,
après plusieurs années d’activités, le mouvement disparaît progressivement de la vie politique
britannique, ses journaux font faillite et les derniers leaders chartistes sont décédés ou incarcérés.
Peut-on dire pour autant que le chartisme fut un échec ?
I) Un mouvement ouvrier inédit et puissant
A) Qui rassembla le peuple à travers une conscience et des valeurs communes
Le nom du mouvement vient de son texte fondateur, la Charte du peuple, publiée en 1838 par
William Lovett et la London Working Men’s Association, qui reprenait les revendications radicales
soulevées depuis la fin du XVIIIème siècle à travers 6 points : le suffrage universel masculin, le secret
du scrutin (afin de lutter contre les pressions des propriétaires et des employeurs), l’abolition du cens
d’éligibilité, la rémunération des députés (pour que les hommes du peuple puissent siéger), l’équité
des circonscriptions électorales (pour que les villes industrielles soient aussi bien représentées que
les comtés et les bourgs anciens) et enfin l’élection annuelle de la Chambre des communes (de façon
à ce que les députés reflètent l’opinion populaire). Le terme de Charte est une allusion à la Magna
Carta de 1215, considérée comme la première pierre des libertés anglaises. Au fil du temps, une
réelle culture chartiste s’est créée. Les chartistes se réunissaient autour d’activités récréatives afin de
renforcer la solidarité. Cela pouvait être des toasts accompagnés de chants et poèmes chartistes
(toujours sans alcool car les chartistes prônaient un antialcoolisme fort dans une société britannique
où l’alcoolisme était très présent) ou encore des cours de débats. Il était devenu pratique courante de
donner à ses enfants le nom de figures du mouvement, O’Connor étant le favori. Des coopératives
chartistes (les Joint Stock Provisions Companies) furent mises en place pour permettre aux classes
ouvrières de se nourrir. Les chartistes étaient donc unis par des liens politiques et personnels. Les
membres signaient leur courrier « Chartistement vôtre » (Yours in Chartism) ou « Vôtre frère dans la
cause du droit contre la force ». Les chartistes convaincus habitaient le chartisme : ils ornaient leur
maison de gravures publiées dans le Northern star, achetaient leurs provisions dans des magasins
chartistes, envoyaient leurs enfants s’instruire dans des écoles chartistes et s’instruisaient eux-mêmes
lors des meetings. Certains chartistes allèrent même jusqu’à vivre dans des communautés chartistes
comme O’Connorville.
B) Des mobilisations pacifiques
Le mouvement marqua les esprits par sa volonté, originale pour l’époque, de se mobiliser de manière
pacifique. Ainsi les chartistes protestaient à travers des grèves, des boycott, des manifestations et des
journaux. L’imprimé avait une place très importante, il y avait de nombreux journaux chartistes dont
le plus populaire était le Northern Star, considéré comme une force majeure du journalisme radical et
le plus lu de son temps. Ce journal créé en 1837 par Feargus O’Connor se vendait chaque semaine à
environ 10 000 exemplaires. Les revendications chartistes étaient concrétisées par des pétitions
adressées au Parlement. Les plus célèbres qu’on retient aujourd’hui furent celles de 1839, 1842 et
1848. La pétition de 1842 ira jusqu’à recueillir 3,3 millions de signatures soit 1/3 des adultes de
Grande-Bretagne (le rouleau de papier faisait 300kg et ne put même pas passer la porte du