I. L’égalité entre les hommes et les femmes
A. Les droits fondamentaux
• En reprenant la structure de la Déclaration de 1789, Olympe de Gouges dénonce une exclusion
fondatrice : les femmes sont absentes d’un texte présenté comme universel. Sa Déclaration des droits
de la femme et de la citoyenne détourne ce modèle pour affirmer une égalité véritable.
• Dès l’article 1, elle écrit : “la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits”, corrigeant
une lacune fondatrice de la Révolution. Pour elle, il est illogique que les femmes obéissent à des lois
qu’elles n’ont pas contribué à écrire.
• Elle insiste sur leur droit à s’exprimer en public, à participer aux débats, comme tout citoyen : “La
femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la
tribune.” Le paradoxe est tel que la société accepte leur mort, mais leur refuse la parole.
• La liberté d’expression devient un droit fondamental : “La libre communication des pensées et des
opinions est un des droits les plus précieux de la femme.” Elle rappelle que sans parole, il n’y a pas
de citoyenneté.
• Elle s’attaque à la justification biologique de l’inégalité, avec une formule ironique : “Cherche, fouille
et distingue si tu le peux, le sexe dans l’administration de la nature.”
• L’égalité ne doit pas rester un principe abstrait. L’article 14 réclame “un partage égal [...] dans la
fortune”, preuve qu’elle doit s’incarner dans les biens et les revenus.
• Elle exige aussi une réforme du droit civil : en écrivant “je suis mère d’un enfant qui vous appartient”,
elle demande la reconnaissance juridique de la filiation hors mariage.
• Enfin, elle affirme que “la Constitution est nulle si la majorité des individus [...] n’a pas coopéré à
sa rédaction” : l’exclusion des femmes invalide toute légitimité démocratique.
B. L’éducation des femmes
• Pour Olympe de Gouges, l’égalité des sexes ne se limite pas aux droits politiques : elle suppose un
changement des mentalités, rendu possible par l’éducation. Elle écrit que “la femme est née pour
être vertueuse, instruite et utile”, soulignant que l’instruction est la clé de leur émancipation.
• Elle refuse de réduire les femmes à des fonctions domestiques. L’ignorance les maintient dans la
dépendance ; seule l’instruction peut les libérer, en brisant les stéréotypes et en ouvrant un avenir
nouveau. Pour elle, l’éducation est un rempart contre l’obscurantisme : une femme instruite devient
actrice de sa vie, et non plus spectatrice passive de son destin.
• Elle s’oppose frontalement à Rousseau, qui dans Émile, assignait aux femmes un rôle de soumission.
À l’inverse, elle défend leur accès à toutes les disciplines, y compris les plus “masculines”, comme les
mathématiques ou la politique.
• Elle insiste sur le rôle des mères dans la formation des citoyens : “Les mères instruites forment des
citoyens éclairés”. L’éducation devient alors un levier républicain, et légitime leur place dans
l’espace civique.
• Elle voit aussi dans l’instruction un moyen d’émancipation concrète : les femmes doivent pouvoir
accéder à des opportunités sociales, économiques et professionnelles, au-delà du foyer.
• Cette éducation doit être gratuite, universelle et mixte. Elle rejoint les idées progressistes de
Condorcet, qui voyait dans l’instruction un instrument d’égalité.
• Elle réclame aussi une éducation continue : les femmes mariées ou veuves doivent pouvoir poursuivre
leur formation, pour participer pleinement à la société.
Comme dans La Princesse de Clèves, où l’éducation permet à l’héroïne de faire des choix lucides, Gouges
affirme que seule l’instruction permet aux femmes d’accéder à une véritable liberté morale et intellectuelle.