Explication linéaire (p. 127/chap XIII/torchecul)
Introduction
L’extrait étudié est écrit par Rabelais, sous son pseudonyme Alcofribas Nasier, écrivain humaniste du XVIème siècle. Il
est connu pour sa série de romans racontant les aventures de deux géants, Gargantua et son fils Pantagruel. Le
roman Gargantua, de son nom complet La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel jadis composée
par M. Alcofribas abstracteur de quintessence, est publié en 1534 et est un roman à première vue comique, mais qui
contient un sens plus profond visant à instruire le lecteur aux valeurs humanistes et à critiquer les théologiens, plus
tard appelés sophistes pour éviter la censure pour leur manque de véritable spiritualité.
retour en arrière gargantua publié après mais avant contexte
L’extrait étudié est issu du 13e chapitre de ce roman, intitulé Comment Grandgousier découvrit l’esprit merveilleux de
Gargantua grâce à l’invention d’un torchecul qui est le dernier chapitre consacré à l’enfance du géant. Dans ce
chapitre, le jeune Gargantua découvre les plaisirs du corps et montre un esprit vif, d’invention et d’humour en
découvrant le meilleur torchecul. Ce chapitre est une pure invention de Rabelais et est un des plus célèbres du
roman, ainsi qu’un des plus représentatifs par l’évocation de ce que Bakhtine appelle le “bas corporel”.
Problématique
Faut-il lire ce chapitre en y cherchant un plus haut sens et si oui, lequel? (Quel des conseils de Rabelais faut-il suivre?)
Faut-il chercher un plus haut sens derrière la grossièreté de l’entreprise menée par Gargantua et justement la
recherche du meilleur torchecul?
Plan
Nous étudierons tout d’abord l’installation d'une atmosphère d'allégresse dans le premier mouvement, puis nous
verrons la méthode entreprise par Gargantua et finalement nous verrons le paroxysme de l’inversion du haut et du
bas.
Mouvement 1: atmosphère d’allégresse
atmosphère d'allégresse installée d’emblée: marques d’affection de Grandgousier envers G:
“réjouit/baisant/embrassant” → physique
“divers petites questions puériles” → verbal
dès début transparaît caractère extraordinaire de l’enfant et sa grande intelligence:
- adjectif “tel enfant”
- G répond aux questions de son père (ne laisse pas gouvernantes) → esprit d’initiative
fin prologue G annonce sujet de l’invention du torchecul: sujet trivial en opposition avec la manièrе dont on le
désigne avec superlatifs “le plus seigneurial, le plus excellent, le plus efficace” ⇒ crée atmosphère comique
“seigneurial” désigne le roman dans prologue → le roman est un torchecul?
déjà informations sur la méthode adoptée pour le découvrir dans GN “longues et méticuleuses expériences”
→ méthode d’apprentissage par l’expérience, l’essai où transparaît le rapport qu’a G au monde
Mouvement 2: découverte torchecul
raconte procédure adoptée: longue accumulation des objets mis à l’épreuve par G pour trouver meilleur torchecul
(je ne vais pas commenter toute la liste)
à 1re vue: logique du coq à l’âne mais en observant de plus près la liste n’est pas dénuée de cohérence
1re ensemble torchecul abordés: objets servant à couvrir visage “cache-nez/cache-col/oreillettes” → détournés de
leur usage premier et rabaissés pour servir f° bien moins noble
→ mouvement du haut vers bas (cul étant l’inverse visage dans bcp de cultures)
ce rabaissement a pour f° essentielle de faire renaître l’objet à notre perception → résurrection de notre rapport à
l’objet: nouvelle découverte de ses propriétés: “noblesse de la soie” du cache-nez est valorisée “me causait une
volupté bien grande” alors que “satin cramoisi” avec perles ne l’est pas car “m’écorchèrent tout le derrière"
texte original nom “sphères” au lieu de “perles” retrouve très nettement l’idée de de renversement du haut et bas:
oxymore “sphères de merde” puisque sphère symbolise perfection qui se voit donc rabaissée aux excréments