Introduction:
Accroche: Au XIXᵉ siècle, les poètes cherchent à renouveler les formes poétiques et à
rompre avec les idéaux traditionnels de beauté. Arthur Rimbaud, poète précoce et
révolutionnaire, participe à ce renouvellement, notamment dans le recueil Cahiers de Douai,
qui témoigne de son intérêt pour les réécritures.
Présentation et problématisation: Ce sonnet intitulé V.A. est censé traiter de la naissance de
V, une scène mythologique, largement représentée dans la peinture, notamment par
Botticelli; Rimbaud déjoue les attentes du lecteur dans ce sonnet de façon provocatrice. Au
lieu d’un corps idéalisé, on voit apparaitre le corps d’une femme fatgiué, malade, usé par la
prostitution.
Lecture du texte:
Projet de lecture: Nous pouvons alors nous demander comment Arthur Rimbaud
s’émancipe des normes esthétiques traditionnelles.
Annonce du plan: Nous nous intéresserons dans un premier temps à l’inversion de la
naissance idéalisée de V qui s’opère dans les deux premières strophes. Dans un deuxième
temps on pourra montrer que Rimbaud nous invite à changer de regard sur les normes
esthétiques.
I. Une naissance de Vénus inversée
Strophe 1:
- Le poème fonctionne comme une série d’instantanées sur des parties du
corps en commençant par la tête
- Dès le premier vers, la naissance s’inverse en mort avec la comparaison de
la baignoire à un cercueil, le vert de la moisissure, la matière peu noble du fer
blanc.
- L’apparition de la tête est retardée à la fin du vers. De plus, l’article indéfini
“une” anonymise la femme et gomme son identité, avec cet usage de “la
tête”, qui est un terme anatomique et objectif.
- Au deuxième vers l’inversion se poursuit avec la couleur de cheveux qui est
brune et pas blonde comme dans le mythe de Vénus.
- “Fortement pommadés” ⇒ renvoie à l’artifice, à une volonté
d’embellissement, connote la fausseté
- A partir du 3e vers, la baignoire, le cercueil, devient la version commune du
coquillage duquel V émerge traditionnellement.
- Allitération en [t], le hiatus [oi] de “baignoire” ⇒ effet de lenteur, de
cacophonie
- Adjectif “bête” de la femme est associé à la fois à un manque d’intelligence et
à l’animalité, la femme est ici privée de son humanité
- Le 4e vers achève le quatrain sur le manque, avec le mot “déficits”, le corps
devient comme un corps de poupée troué.
Strophe 2:
- Au 5e vers, le regard du public s’abaisse au lieu de s’élever, on assiste à un
mouvement de jugement moral
- La couleur grise du col renvoie à la mort, au cadavre