1895-1930
Introduction : Il existe plusieurs histoires du cinéma. Cette invention a évolué et
continue d’évoluer, dans le sens où plus nous l’étudions, mieux nous la connaissons.
C’est une histoire au long cours ; l’évolution d’un dispositif médiatique. En
reconnaissant le cinéma comme un dispositif médiatique, les historiens ont pu
inscrire son histoire sur le long terme. Aujourd'hui le cinéma est partout et accessible
à tous, regardable et filmable par téléphone par exemple. Nous le considérons
comme un art et une industrie, mais il n’avait pas été imaginé comme tel de prime
abord. La cinématographie est une technologie en perpétuelle évolution, qui se fait
par prise de vue et projection, avec une volonté de représenter le monde.
Bornes chronologiques :
- 1895-1930 : invention du cinématographe et naissance de l’industrie
- 1930-1960 : révolution du cinéma parlant
- 1960-1990 : reconfiguration des codes et émergences de nouvelles
cinématographies
Problématique : Pourquoi il y a 130 ans est née une invention révolutionnaire qui
allait bouleverser notre mode de représentation ?
Partie 1 : Industrialisation et Institutionnalisation
Chapitre 1 : Naissance de l’industrie du film (1895-1907)
Le véritable acte de naissance du cinéma a lieu en 1895, lorsque les frères Lumière
inventent le cinématographe, une machine permettant à la fois de filmer et de
projeter des images animées devant un
public. Au début, le cinématographe était
désagréable à regarder, car il y avait des
scintillements à l’image. C’est une des
raisons pour lesquelles Louis Lumière a dit
ceci : “Le cinématographe est une invention
sans avenir”. Le cinématographe n’est pas
une invention mais bien une somme
d’inventions. Elle n’est pas un progrès, mais
bien le résultat d’une connexion des champs de connaissances et d’activités
indépendantes les unes des autres. En l'occurrence : l’optique et la chimie.
,La technologie de l’imprimerie a engendré une série d’inventions et de découvertes,
qui en se mêlant les unes aux autres ont permis la réalisation du cinématographe.
C’est le produit d’une accumulation technologique discontinue, mais pas seulement,
c’est aussi le fruit de l’histoire des techniques, mais aussi de l’histoire des idées.
“L’existence du cinématographe suppose la confluence d’une série d’inventions et de
découvertes. A savoir : la perception du mouvement, l’analyse et la synthèse de ce
mouvement, la projection d’images lumineuses sur un écran.” Jean MITRY, Histoire
du Cinéma (tome 1), 1968
L’histoire du cinéma est à la fois technologique et scientifique. Ce désir d’images né
au Paléolithique et s’articule dans l’idée de découvrir le monde et de raconter des
histoires.
La perception du mouvement apparaît dans l’art pariétal.
Têtes de cerfs, Grotte de La bataille des rhinocéros, Grotte de Chauvet,
Lascaux, Paléolithique Paléolithique (36 000 avant JC)
(21 000 avant JC)
Projections d’images lumineuses :
Paléo-Caméra, Néolithique (9 000 - 3 000 avant
JC). Même principe que la Caméra-Obscura ou
Chambre Noire (Antiquité) : elles permettent
d’obtenir une projection de la lumière sur surface
plate avec une vue proche de la vision humaine.
Ce système va être étudié au fil
du temps.
,Les caractères scientifiques et artistiques se rejoignent dans l’idée de représenter le
monde. Léonard de Vinci et Isaac Newton, qui sont chacun à la fois scientifique et
artiste, ont pour but de percer les secrets de la connaissance. Ils vont ainsi réaliser
des appareils d’optique.
Magia Naturalis, Giambattista Della Porta, 1558
L’auteur va démontrer la possibilité de projeter les images au public.
Nouvelle invention : La Lanterne Magique
Il s’agit du premier appareil de projection connu,
devenu très populaire à l’époque. Elle fût inventée au
XVIIe siècle par le père Athanase Kircher en
Allemagne et par le père De Châle en France. De
plus, elle produisait sons et lumières.
La perception du mouvement ainsi que la projection d’images lumineuses étaient
acquises, mais il fallait résoudre le problème de représentation et production du
mouvement.
Le temps des inventeurs : du pré-cinéma à la chronophotographie
Le 19eme siècle fût marqué par l’émergence de la bourgeoisie ainsi que la
révolution industrielle, et une nouvelle culture visuelle dont nous sommes aujourd’hui
héritiers. C’est en raison de cette culture et de cette révolution qu’il y a eu la percée
d’inventions remplies d’images, comme la photographie et la presse. Beaucoup de
technologies ont été pensées durant ce siècle, nous pouvons qualifier ce siècle de
“Siècle des spectacles”.
Voici quelques unes des inventions et découvertes fondamentales :
- La photographie ou héliographie, Nicephore Niepce, 1827
- Le calotype ou négatif, William Henry Fox Talbot, 1835
- La stéréoscopie, Charles Wheatstone, 1838
- La photographie couleur, Louis Ducos du Hauron, 1877
- Le phonographe, Charles Cros et Thomas Edison, 1877
(à savoir qu’il n’y avait pas qu’un seul inventeur mais bien une équipe entière de
professionnels derrière ces inventions).
Ces inventions ont été produites dans le but de capter la réalité, d’enregistrer les
sons, la lumière, et qui tente de la reproduire. Il s’agit du procédé analogique.
Il manque cependant l’analyse et la synthèse du mouvement, qui seront effectués
scientifiquement par Michael Faraday et Joseph Plateau. Ils vont produire des
appareils tels que la Roue de Faraday et le Phénakistiscope.
, Phénakistiscope, inventé en 1832 Roue de Faraday,
présentée pour la première
fois en 1830
Ces inventions vont montrer la persistance rétinienne.
Les artistes de l’époque vont adapter cette
technologie à leurs lanternes magiques. Avant le
mouvement de l’image était saccadé, mais dès lors
il est continu. L’un des premiers à l’avoir fait était
Emile Reynaud avec son praxinoscope.
La particularité est que les dessins sont représentés
sur des plaques de verres qui s'enchaînent les unes
après les autres. On note donc que le dessin animé
a techniquement été inventé avant le
cinématographe. Praxinoscope, inventé par
Émile Reynaud en 1876
Dans les années 1830-40, on commençait à comprendre le principe du mouvement,
mais pas sa synthèse. Les obstacles étaient des raisons technologiques, car la
théorie était en place. Le temps de pause des photos était très lent (4 heures), le
support des photographies étaient des plaques de verre, qui étaient donc
compliquées à enchaîner. Il faudra donc attendre l’invention du négatif, d’abord sur
papier, donc fragile et déchirable, puis enfin le Celluloïd qui est plus flexible et
résistant.
Des chercheurs vont réaliser cette synthèse de
mouvement avec l’invention du chronophotographe,
entre 1879 et 1889. Ces chercheurs étaient Jules
Jansen, Edward James Muybridge, Etienne Jules
Marey et Georges Demeny.