CHAPITRE PREMIER. La crise révolutionnaire ou la fin du principe de catholicité
"Il faut toujours revenir à la Révolution française" (J.-M. Mayeur). Au départ de toute l'histoire de
l'Eglise contemporaine, il y a l'événement révolutionnaire. Les rapports entre l'Eglise et les Etats
ont été fréquemment conflictuels depuis le début du christianisme jusqu'à la politique des
souverains médiévaux pour édifier des Eglises nationales sous leur contrôle. La philosophie des
Lumières vient perturber ce duo traditionnel : au milieu du XVIIIe, l'idée d'expulser le religieux de
la sphère publique émerge, confusément encore. L'expérience révolutionnaire radicalise le débat et
engendre, dans la violence, une société nouvelle.
1. Une Aufklärung catholique manquée
Cette issue violente résulte du déroulement de la Révolution et a partiellement occulté le courant
qui s'est efforcé de concilier la doctrine catholique avec un réformisme issu des Lumières. Ce
courant, qui prépare la voie au catholicisme libéral, était aussi fortement imprégné de jansénisme
tardif à l'exemple du synode de Pistoie en Toscane, réuni en 1786 par le grand-duc Pietro-
Leopoldo, futur empereur Léopold II : les thèses du synode furent condamnées en 1794 par Pie VI
(bulle Auctorem fidei).
a) Le joséphisme :
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, plusieurs essais de "catholicisme éclairé" sont tentés dont
le joséphisme autrichien (Joseph II 1780-1790) est le modèle. Il s'agit d'adapter le catholicisme au
critère libéral par excellence : l'utilité sociale. D'un côté, l'Etat habsbourgeois rénove la formation
des clercs et développe le réseau paroissial ; de l'autre, il supprime les "inutiles" : fermeture des
couvents d'ordres contemplatifs. La mesure annonce les décisions de l'Assemblée constituante
française qui, dès octobre 1789, interdit les voeux monastiques puis supprime, en février 1790, les
congrégations à voeux perpétuels : au nom des droits de l'homme qui ne peut, même librement,
aliéner sa liberté.
Au vieil objectif de constituer une Eglise nationale qui réduit à presque rien le rôle du pape, Joseph
II ajoute en 1782 la tolérance légale de cultes reconnus (protestants etorthodoxes). La suppression
des Jésuites est caractéristique de cette tendance. Entre 1758 et 1768, cinq Etats dont la France et
l'Espagne interdisent la Compagnie sur leur territoire et pressent le pape de dissoudre la Société de
Jésus. Clément XIV (1769-1775) cède en 1773 par le bref Dominus ac redemptor .
b) L'incarnation française : la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790
Elle découle de la nécessité de réorganiser l'Eglise de France après la nationalisation des biens du
Clergé décidée en octobre 1789, sur proposition de Talleyrand alors évêque d'Autun. Le texte :
- remanie les circonscriptions ecclésiastiques, calquées sur les départements nouvellement créés,
avec une forte diminution du nombre de paroisses,
- fait des prêtres des fonctionnaires pourvus d'un traitement,
- transpose à l'Eglise le principe électif prévu pour les autorités administratives : évêques élus par
les électeurs départementaux, curés élus au niveau du district,
- confie l'institution canonique des évêques aux métropolitains en lieu et place du pape. Outre le
fait que des électeurs censitaires juifs , protestants et athées contribuent à désigner les évêques,
docteurs de la foi catholique, la loi est adoptée sans consultation du Saint-Siège et constitue une
rupture unilatérale du concordat de Bologne de 1516. En dépit des objurgations de l'épiscopat
français, Pie VI hésite longtemps à condamner la Constitution civile, à cause des menaces qui
pesaient alors tant sur les catholiques de France que sur le Comtat venaissin (Avignon), possession
pontificale. Mais par les brefs des 10 mars et 13 avril 1791, il la dénonce et exige la rétractation du
!1
,serment de fidélité (novembre 1790) imposé au clergé devenu "constitutionnel". L'enjeu
ecclésiologique est oblitéré par la portée politique du serment: le prêter signifie approuver la
Révolution, le refuser vouloir le retour à l'Ancien Régime. Aussi l'Eglise gallicane éclate-t-elle entre
"jureurs" et "réfractaires". Seuls 4 évêques d'Ancien Régime sont "jureurs", mais le clergé paroissial
est coupé à parts presque égales : petite majorité de curés constitutionnels, petite majorité de
vicaires réfractaires.
c) L'Église constitutionnelle (1790-1801) et le clergé patriote
La mise en place de l'Église constitutionnelle se fait début 1791. Ainsi, l'abbé Henri Grégoire
(1750-1831) est élu en février 1791 évêque du Loir-et-Cher. Ce prêtre fortement marqué par le
jansénisme lorrain, curé depuis 1782, élu du clergé aux États généraux est un ardent "patriote",
c'est-à-dire partisan des idées révolutionnaires : il figure au premier plan sur le tableau de David,
Le serment du Jeu de Paume. Apôtre de l'émancipation des Noirs et des Juifs, fondateur du
Conservatoire national des Arts et Métiers, il siège courageusement à la Convention en habit violet,
puis au Conseil des Cinq-Cents.
L'évêque Grégoire s'impose comme le chef d'une Église décimée par la vague déchristianisatrice de
1793-1794 : sur 28000 prêtres, 22000 ont dû abdiquer le sacerdoce. Avec 4 autres évêques
survivants, il anime le Comité des évêques réunis qui s'efforce de restaurer l'Église
constitutionnelle à partir de 1795. Après la suppression du budget du culte à l'automne 1794, le
clergé patriote doit s'appuyer sur les laïcs des régions qui lui sont restées fidèles.
Cette Église innove sous la pression des circonstances : 1) esquisse de collégialité avec l'élection
parmi les curés d'un "Presbytère", dans les diocèses dépourvus d'évêques. Il procède parfois à
l'élection épiscopale (Royer à Paris en 1798) et assiste ensuite l'évêque dans le gouvernement du
diocèse. Autre exemple, les deux conciles nationaux de 1797 et 1801 2) divers projets de réformes
dont un de liturgie en français qui ne fut pas appliqué. Le Concordat consacre sa disparition mais
le clivage entre France réfractaire pratiquante (Ouest armoricain, coeur du Massif central, marges
de l'Est et du Nord) et France constitutionnelle déchristianisée (grand bassin parisien, Alpes, Midi)
est resté jusqu'à la fin du XXe siècle une donnée fondamentale de la carte politique et religieuse du
pays.
2. La Terreur républicaine et la prison impériale
a) Vers la déchristianisation (1790-1795) :
Des mesures policières frappant certaines catégories du clergé (réguliers, réfractaires aux serments
de 1791 et 1792), on passe à la laïcisation de l'état-civil et à la légalisation du divorce (septembre
1792), à l'interdiction de l'habit ecclésiastique et des processions. Ces trois décisions ont une
importance capitale et signent l'entrée dans la modernité. Désormais, on devient Français
indépendamment de l'Église et du baptême, la législation civile s'affranchit de la norme religieuse
(mariage indissoluble), le religieux ne peut occuper l'espace public. Cette phase se clôt avec les
massacres de septembre 1792, où le clergé est au premier rang des victimes.
Avec la Convention montagnarde, une politique systématique de déchristianisation est instaurée
en 1793-94 : onomastique et calendrier révolutionnaires, saisie des objets du culte, fermeture ou
destruction des églises. Pour avoir la vie sauve, les clercs doivent abdiquer la prêtrise et souvent se
marier. Ancien auxiliaire de Bâle devenu évêque constitutionnel de Paris, Jean-Baptiste Gobel
renonce au sacerdoce le 7 novembre 179devant la Convention : il est guillotiné en avril 1794,
réconcilié entre temps avec l'Église romaine.
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, b) Séparation et seconde Terreur (1795-1799)
- en février 1795, la Convention vote la liberté des cultes et tolère le clergé fidèle à Rome sous
certaines conditions. Situation précaire pour les deux Eglises concurrentes, avec un personnel
politique hostile au christianisme.
-second Directoire (1797-1799) : avec le coup d'État de Fructidor an V, les jacobins réactivent les lois
anticléricales. C'est la "guillotine sèche" des bagnes de Rochefort et de l'île de Ré, et une vive
persécution dans les départements belges annexés. Reprenant l'idée de Robespierre avec la fête de
l'Être suprême (1794), des cultes de substitution (théophilanthropie puis culte décadaire) tentent,
sans succès, de détourner la population de la foi chrétienne.
c) La papauté menacée
- Pie VI Braschi (1775-1799) assiste impuissant à la crise religieuse française, perd ses Etats en
janvier 1798 et meurt prisonnier du Directoire à Valence en août 1799. Pie VII Chiaramonti
(1800-1823), un bénédictin de Césène comme son prédécesseur, est élu à Venise. Assisté par son
Secrétaire d'État Consalvi, il ouvre son pontificat par la réconciliation entre la France et l'Eglise
avec le concordat de 1801 et le couronnement de Napoléon I à Notre-Dame (1804). Mais il résiste
aux exigences croissantes de l'empereur qui l'emprisonne de l'été 1808 à 1814 en Italie puis à
Fontainebleau, avec tous les cardinaux de Curie.
- Rome est occupée à deux reprises, ce qui ne s'était jamais vu depuis le sac de 1527. L'éphémère
première République romaine (1798-99) est abattue par l'armée populaire des "sanfedistes"
napolitains venue à la rescousse du pape Pie VI. La seconde occupation (1808-1814) est beaucoup
plus importante, tant par sa durée que par la volonté d'effacer le caractère sacré de la capitale des
papes. En 1809, les États de l'Église sont annexés au Grand Empire et partagés en 2 départements :
dissolution de la Curie, arrestation de prêtres, suppression des congrégations religieuses.
L'émancipation des juifs romains marque l'introduction des idées révolutionnaires sur la liberté de
conscience. A travers des mesures d'embellissement, de modernisation et une série de projets
archéologiques et artistiques, la Ville éternelle doit devenir la ville du nouveau César, dont le fils a
reçu le titre de roi de Rome.
3. Le premier seuil de laïcisation : le compromis concordataire
Engagées dès l'été 1800, les négociations entre le Saint-Siège et le gouvernement du Premier consul
Napoléon Bonaparte aboutissent à la Convention du 26 messidor an X dite concordat de 1801,
promulguée par la loi du 18 germinal an X (1802). La loi comprend les Articles organiques du culte
catholique et des cultes protestants (réformé et luthérien), sorte de règlement d'application. Le
Saint-Siège n'a jamais reconnu ces textes ajoutés par le gouvernement français de sa propre
autorité. L'ensemble est complété en 1808 par un décret impérial organisant le culte israélite.
a) Un retour à 1790
Le Concordat reprend bien des points de la Constitution civile du clergé, dans des conditions plus
défavorables à l'Eglise :
- les diocèses sont calqués sur les départements mais pour la France dans ses limites de 1790, il n'y
a plus que 50 évêques désignés. Il faut attendre Louis XVIII et le projet avorté de concordat de 1817
pour voir une augmentation sensible du nombre des diocèses.
- le clergé est à nouveau fonctionnaire et prête serment au gouvernement, mais seuls 10% des
clercs sont rétribués (évêques, vicaires généraux, chanoines, curés-doyens) et ce jusqu'à la
Restauration.
- les Réguliers sont ignorés par le Concordat.
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"Il faut toujours revenir à la Révolution française" (J.-M. Mayeur). Au départ de toute l'histoire de
l'Eglise contemporaine, il y a l'événement révolutionnaire. Les rapports entre l'Eglise et les Etats
ont été fréquemment conflictuels depuis le début du christianisme jusqu'à la politique des
souverains médiévaux pour édifier des Eglises nationales sous leur contrôle. La philosophie des
Lumières vient perturber ce duo traditionnel : au milieu du XVIIIe, l'idée d'expulser le religieux de
la sphère publique émerge, confusément encore. L'expérience révolutionnaire radicalise le débat et
engendre, dans la violence, une société nouvelle.
1. Une Aufklärung catholique manquée
Cette issue violente résulte du déroulement de la Révolution et a partiellement occulté le courant
qui s'est efforcé de concilier la doctrine catholique avec un réformisme issu des Lumières. Ce
courant, qui prépare la voie au catholicisme libéral, était aussi fortement imprégné de jansénisme
tardif à l'exemple du synode de Pistoie en Toscane, réuni en 1786 par le grand-duc Pietro-
Leopoldo, futur empereur Léopold II : les thèses du synode furent condamnées en 1794 par Pie VI
(bulle Auctorem fidei).
a) Le joséphisme :
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, plusieurs essais de "catholicisme éclairé" sont tentés dont
le joséphisme autrichien (Joseph II 1780-1790) est le modèle. Il s'agit d'adapter le catholicisme au
critère libéral par excellence : l'utilité sociale. D'un côté, l'Etat habsbourgeois rénove la formation
des clercs et développe le réseau paroissial ; de l'autre, il supprime les "inutiles" : fermeture des
couvents d'ordres contemplatifs. La mesure annonce les décisions de l'Assemblée constituante
française qui, dès octobre 1789, interdit les voeux monastiques puis supprime, en février 1790, les
congrégations à voeux perpétuels : au nom des droits de l'homme qui ne peut, même librement,
aliéner sa liberté.
Au vieil objectif de constituer une Eglise nationale qui réduit à presque rien le rôle du pape, Joseph
II ajoute en 1782 la tolérance légale de cultes reconnus (protestants etorthodoxes). La suppression
des Jésuites est caractéristique de cette tendance. Entre 1758 et 1768, cinq Etats dont la France et
l'Espagne interdisent la Compagnie sur leur territoire et pressent le pape de dissoudre la Société de
Jésus. Clément XIV (1769-1775) cède en 1773 par le bref Dominus ac redemptor .
b) L'incarnation française : la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790
Elle découle de la nécessité de réorganiser l'Eglise de France après la nationalisation des biens du
Clergé décidée en octobre 1789, sur proposition de Talleyrand alors évêque d'Autun. Le texte :
- remanie les circonscriptions ecclésiastiques, calquées sur les départements nouvellement créés,
avec une forte diminution du nombre de paroisses,
- fait des prêtres des fonctionnaires pourvus d'un traitement,
- transpose à l'Eglise le principe électif prévu pour les autorités administratives : évêques élus par
les électeurs départementaux, curés élus au niveau du district,
- confie l'institution canonique des évêques aux métropolitains en lieu et place du pape. Outre le
fait que des électeurs censitaires juifs , protestants et athées contribuent à désigner les évêques,
docteurs de la foi catholique, la loi est adoptée sans consultation du Saint-Siège et constitue une
rupture unilatérale du concordat de Bologne de 1516. En dépit des objurgations de l'épiscopat
français, Pie VI hésite longtemps à condamner la Constitution civile, à cause des menaces qui
pesaient alors tant sur les catholiques de France que sur le Comtat venaissin (Avignon), possession
pontificale. Mais par les brefs des 10 mars et 13 avril 1791, il la dénonce et exige la rétractation du
!1
,serment de fidélité (novembre 1790) imposé au clergé devenu "constitutionnel". L'enjeu
ecclésiologique est oblitéré par la portée politique du serment: le prêter signifie approuver la
Révolution, le refuser vouloir le retour à l'Ancien Régime. Aussi l'Eglise gallicane éclate-t-elle entre
"jureurs" et "réfractaires". Seuls 4 évêques d'Ancien Régime sont "jureurs", mais le clergé paroissial
est coupé à parts presque égales : petite majorité de curés constitutionnels, petite majorité de
vicaires réfractaires.
c) L'Église constitutionnelle (1790-1801) et le clergé patriote
La mise en place de l'Église constitutionnelle se fait début 1791. Ainsi, l'abbé Henri Grégoire
(1750-1831) est élu en février 1791 évêque du Loir-et-Cher. Ce prêtre fortement marqué par le
jansénisme lorrain, curé depuis 1782, élu du clergé aux États généraux est un ardent "patriote",
c'est-à-dire partisan des idées révolutionnaires : il figure au premier plan sur le tableau de David,
Le serment du Jeu de Paume. Apôtre de l'émancipation des Noirs et des Juifs, fondateur du
Conservatoire national des Arts et Métiers, il siège courageusement à la Convention en habit violet,
puis au Conseil des Cinq-Cents.
L'évêque Grégoire s'impose comme le chef d'une Église décimée par la vague déchristianisatrice de
1793-1794 : sur 28000 prêtres, 22000 ont dû abdiquer le sacerdoce. Avec 4 autres évêques
survivants, il anime le Comité des évêques réunis qui s'efforce de restaurer l'Église
constitutionnelle à partir de 1795. Après la suppression du budget du culte à l'automne 1794, le
clergé patriote doit s'appuyer sur les laïcs des régions qui lui sont restées fidèles.
Cette Église innove sous la pression des circonstances : 1) esquisse de collégialité avec l'élection
parmi les curés d'un "Presbytère", dans les diocèses dépourvus d'évêques. Il procède parfois à
l'élection épiscopale (Royer à Paris en 1798) et assiste ensuite l'évêque dans le gouvernement du
diocèse. Autre exemple, les deux conciles nationaux de 1797 et 1801 2) divers projets de réformes
dont un de liturgie en français qui ne fut pas appliqué. Le Concordat consacre sa disparition mais
le clivage entre France réfractaire pratiquante (Ouest armoricain, coeur du Massif central, marges
de l'Est et du Nord) et France constitutionnelle déchristianisée (grand bassin parisien, Alpes, Midi)
est resté jusqu'à la fin du XXe siècle une donnée fondamentale de la carte politique et religieuse du
pays.
2. La Terreur républicaine et la prison impériale
a) Vers la déchristianisation (1790-1795) :
Des mesures policières frappant certaines catégories du clergé (réguliers, réfractaires aux serments
de 1791 et 1792), on passe à la laïcisation de l'état-civil et à la légalisation du divorce (septembre
1792), à l'interdiction de l'habit ecclésiastique et des processions. Ces trois décisions ont une
importance capitale et signent l'entrée dans la modernité. Désormais, on devient Français
indépendamment de l'Église et du baptême, la législation civile s'affranchit de la norme religieuse
(mariage indissoluble), le religieux ne peut occuper l'espace public. Cette phase se clôt avec les
massacres de septembre 1792, où le clergé est au premier rang des victimes.
Avec la Convention montagnarde, une politique systématique de déchristianisation est instaurée
en 1793-94 : onomastique et calendrier révolutionnaires, saisie des objets du culte, fermeture ou
destruction des églises. Pour avoir la vie sauve, les clercs doivent abdiquer la prêtrise et souvent se
marier. Ancien auxiliaire de Bâle devenu évêque constitutionnel de Paris, Jean-Baptiste Gobel
renonce au sacerdoce le 7 novembre 179devant la Convention : il est guillotiné en avril 1794,
réconcilié entre temps avec l'Église romaine.
!2
, b) Séparation et seconde Terreur (1795-1799)
- en février 1795, la Convention vote la liberté des cultes et tolère le clergé fidèle à Rome sous
certaines conditions. Situation précaire pour les deux Eglises concurrentes, avec un personnel
politique hostile au christianisme.
-second Directoire (1797-1799) : avec le coup d'État de Fructidor an V, les jacobins réactivent les lois
anticléricales. C'est la "guillotine sèche" des bagnes de Rochefort et de l'île de Ré, et une vive
persécution dans les départements belges annexés. Reprenant l'idée de Robespierre avec la fête de
l'Être suprême (1794), des cultes de substitution (théophilanthropie puis culte décadaire) tentent,
sans succès, de détourner la population de la foi chrétienne.
c) La papauté menacée
- Pie VI Braschi (1775-1799) assiste impuissant à la crise religieuse française, perd ses Etats en
janvier 1798 et meurt prisonnier du Directoire à Valence en août 1799. Pie VII Chiaramonti
(1800-1823), un bénédictin de Césène comme son prédécesseur, est élu à Venise. Assisté par son
Secrétaire d'État Consalvi, il ouvre son pontificat par la réconciliation entre la France et l'Eglise
avec le concordat de 1801 et le couronnement de Napoléon I à Notre-Dame (1804). Mais il résiste
aux exigences croissantes de l'empereur qui l'emprisonne de l'été 1808 à 1814 en Italie puis à
Fontainebleau, avec tous les cardinaux de Curie.
- Rome est occupée à deux reprises, ce qui ne s'était jamais vu depuis le sac de 1527. L'éphémère
première République romaine (1798-99) est abattue par l'armée populaire des "sanfedistes"
napolitains venue à la rescousse du pape Pie VI. La seconde occupation (1808-1814) est beaucoup
plus importante, tant par sa durée que par la volonté d'effacer le caractère sacré de la capitale des
papes. En 1809, les États de l'Église sont annexés au Grand Empire et partagés en 2 départements :
dissolution de la Curie, arrestation de prêtres, suppression des congrégations religieuses.
L'émancipation des juifs romains marque l'introduction des idées révolutionnaires sur la liberté de
conscience. A travers des mesures d'embellissement, de modernisation et une série de projets
archéologiques et artistiques, la Ville éternelle doit devenir la ville du nouveau César, dont le fils a
reçu le titre de roi de Rome.
3. Le premier seuil de laïcisation : le compromis concordataire
Engagées dès l'été 1800, les négociations entre le Saint-Siège et le gouvernement du Premier consul
Napoléon Bonaparte aboutissent à la Convention du 26 messidor an X dite concordat de 1801,
promulguée par la loi du 18 germinal an X (1802). La loi comprend les Articles organiques du culte
catholique et des cultes protestants (réformé et luthérien), sorte de règlement d'application. Le
Saint-Siège n'a jamais reconnu ces textes ajoutés par le gouvernement français de sa propre
autorité. L'ensemble est complété en 1808 par un décret impérial organisant le culte israélite.
a) Un retour à 1790
Le Concordat reprend bien des points de la Constitution civile du clergé, dans des conditions plus
défavorables à l'Eglise :
- les diocèses sont calqués sur les départements mais pour la France dans ses limites de 1790, il n'y
a plus que 50 évêques désignés. Il faut attendre Louis XVIII et le projet avorté de concordat de 1817
pour voir une augmentation sensible du nombre des diocèses.
- le clergé est à nouveau fonctionnaire et prête serment au gouvernement, mais seuls 10% des
clercs sont rétribués (évêques, vicaires généraux, chanoines, curés-doyens) et ce jusqu'à la
Restauration.
- les Réguliers sont ignorés par le Concordat.
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