Parcours : émancipations créatrices.
Lecture cursive : Arthur Rimbaud, Une saison en enfer qui est un recueil de sept poèmes qui
raconte la chute intérieure de Rimbaud, l’échec de sa révolte et de sa quête poétique, dans
un texte très douloureux et lucide.
Peut être utiliser en ouverture pour montrer l’évolution de Rimbaud : "Si Les Cahiers de
Douai témoignent d'une première émancipation créatrice par le rêve et la provocation, Une
Saison en enfer marque l'échec d'une tentative d'absolu poétique, révélant les paradoxes de
cette quête."
Œuvre étudiée : Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai.
Définition des termes du sujet :
Le mot émancipation vient de deux mots latins : manus, « main » et capere, « prendre, saisir,
capturer ». Le préfixe ex (devenu é- en français) signifie « hors de ». Donc
étymologiquement, l’émancipation est donc le fait de sortir d’une forme de captivité ou
d’emprise – ce qui s’explique puisque ce terme désigne, dans le droit romain, l’acte juridique
par lequel un esclave ou un enfant est affranchi de la tutelle de son maître ou de son père.
Dans un sens plus large et moderne, l’émancipation se réfère à l'idée de se libérer des
contraintes sociales, politiques ou intellectuelles, et est souvent associée à des mouvements
de révolte ou de libération.
Qui est Arthur Rimbaud ?
Arthur Rimbaud naît à Charleville, dans les Ardennes, en 1854.
En 1870, à seulement 16 ans, il fugue à deux reprises et remet 22 poèmes à Paul Demeny, un
ami : ce sont ces textes de jeunesse qui seront publiés après sa mort dans Les Cahiers de
Douai. En 1871, Rimbaud noue une relation passionnée et orageuse avec un autre poète,
Paul Verlaine puis publie Une saison en enfer en 1873. A l'âge de 20 ans, il s'arrête d'écrire
pour mener une vie d'aventure et de négoce à travers le monde. Souffrant d'une tumeur au
genou, Rimbaud rentre à Marseille en 1891 où il meurt à l'âge de 37 ans.
Comment résumer Cahiers de Douai ?
Cahiers de Douai est composé de deux cahiers, de respectivement 15 et 7 poèmes,
présentés dans l'ordre chronologique.
Une partie de ces poèmes relate l'éveil des sens et de l'adolescence comme :
« Sensation » : Alors qu’Arthur Rimbaud se promène dans un champ, l’envie de tout
quitter et de partir le submerge. Il déclare : « et j’irai loin, bien loin, comme un
bohémien » qui exprime avant tout le désir de liberté. En choisissant de s’identifier à
un bohémien, Rimbaud évoque un rejet des normes sociales et littéraires qui ont
bercées son enfance. Le voyage « loin, bien loin » est un symbole d’évasion, non
seulement géographique, mais aussi intérieure. Il veut s’échapper de la société
bourgeoise et des attentes imposées à l’artiste de son époque. « Loin » est donc aussi
un moyen d’exprimer une quête personnelle, un désir de vivre et de penser
autrement.
, « Au cabaret vert » : Rimbaud emploie à nouveau la première personne pour nous
raconter son retour en ville à Charleroi après huit jours de fugue. Il entre dans un
café, Le Cabaret Vert, et profite enfin d’un repas simple mais qu’il apprécie et lui
redonne des forces. La période ou Rimbaud écrit ces poèmes est également marquée
par les premiers émois amoureux. Dans ce même poème, il évoque sa rencontre avec
une "fille aux tétons énormes". Cette hyperbolisation souligne l'intensité de ses
perceptions et traduit un désir brut, direct, presque enfantin. Elle participe
également à l’ambiance de vitalité et de sensualité qui traverse le poème. En brisant
l’idéalisation romantique, ce poème propose une poésie brute, presque vulgaire, où
l’expression de la sensualité et de la réalité crue se substitue aux aspirations élevées
traditionnelles. Il inaugure ainsi une poésie de l’expérience immédiate et
authentique.
Dans "Les Réparties de Nina", l’amour entre les deux personnages semble
déséquilibré, car le poème révèle une certaine distance émotionnelle de la part de
Nina. Bien que le narrateur exprime une passion intense et une vision idyllique de la
nature et de l'amour, Nina reste détachée et pragmatique. Elle répond à la scène
romantique avec la réplique "Et mon bureau ?", ce qui suggère qu’elle ne partage pas
pleinement l'enthousiasme et l'idéalisation du narrateur. Cette réponse révèle que
pour elle, l’amour n’est pas aussi exalté et fusionnel que pour lui, soulignant ainsi un
manque de réciprocité dans les sentiments. Le contraste entre la vision utopique de
l'amant et la réalité concrète de Nina accentue cette asymétrie dans leur relation.
Les poèmes des Cahiers de Douai sont marqués par un contexte historique précis : la guerre
franco-prussienne et la figure de Napoléon III. Rimbaud s’attaque de manière satirique à
l’empereur, qu’il dépeint comme un personnage faible et ridicule.
L’Éclatante Victoire de Sarrebrück : Rimbaud ridiculise la propagande militaire et
l’image héroïque de l’Empereur. Il le décrit de façon grotesque, « raide, sur son dada
flamboyant », ce qui transforme le souverain en un personnage enfantin, figé et
ridicule, loin de l’image glorieuse que la propagande veut imposer. L’expression « il
voit tout en rose » accentue ce décalage : l’Empereur est présenté comme naïf ou
aveugle à la réalité tragique de la guerre.
D'autres textes ont une visée politique. Ils évoquent l'univers militaire de la guerre franco-
prussienne des années 1870 comme dans « Le Mal » ou « Le Dormeur du Val » qui
dénoncent l'irruption nuisible de la guerre dans la vie des jeunes gens :
Le Dormeur du Val : dénonce l'irruption nuisible de la guerre dans la vie des jeunes
gens. Il s’agit du portrait d’un jeune homme mort des évènements de la Commune.
Le portrait apparemment tranquille et lyrique prend une tournure macabre se
terminant par le dernier vers décrivant la blessure à la tête du jeune homme, qui a
causé sa mort. Bien que la guerre franco-prussienne soit une référence implicite, le
poème prend une dimension plus large, où la mort violente et injuste de la jeunesse
devient une métaphore des guerres en général. Le poème fait entendre le silence
tragique de la guerre, comme en témoigne l’image frappante des « deux trous rouges
» dans le côté du soldat. Cette symbolique rend le poème intemporel, dépassant les
événements précis de 1870. Le poème devient ainsi un acte de résistance contre les
idéaux classiques de l’héroïsme et de la guerre, tout en conservant la forme poétique
traditionnelle.