I. Le mensonge comme fondement comique et conflictuel
A. Le mensonge comme moteur de l’intrigue
• Le mensonge structure toute l’action : dès la scène d’exposition, Dorante affirme la nécessité de se
conformer aux codes sociaux par l’image et la parole. Il entre à Paris, monde des illusions, et souligne
la nécessité de “se faire un visage à la mode”, ce qui définit le cadre d’un théâtre social fondé sur
l’illusion.
• Son premier mensonge ; une fausse gloire militaire ; donne le ton : Dorante transforme son passé en
fiction pour séduire. Il devient un fabulateur qui reconstruit sa vie comme un roman.
• L’intrigue repose sur un quiproquo majeur : Dorante confond Clarice et Lucrèce, ce qui déclenche
jalousies et malentendus. Chaque erreur appelle une nouvelle invention pour maintenir l’illusion : un
faux mariage, un faux père (Armédon, puis Pyrandre), une fausse identité.
• Ce comique d’illusion repose sur des contradictions internes, révélées par l’ironie dramatique : le
spectateur connaît la vérité, anticipe les chutes, et rit du décalage.
• Tous les personnages participent à cette logique du faux : Clarice cache son nom, Lucrèce garde le
silence, Cliton couvre les mensonges. La réplique d’Isabelle résume cette dynamique collective :
“Dorante est-il le seul qui de jeune écolier / Pour être mieux reçu s’érige en cavalier ?”
• Corneille suggère que le mensonge est une compétence sociale, presque nécessaire à l’intégration
mondaine. Dorante adapte en permanence récits, gestes, langage à son interlocuteur. Menteur mais
aussi acteur, il évolue dans un théâtre de masques et d’illusions.
Ce mensonge structurant rappelle celui de Tartuffe chez Molière, autre personnage dont l’art de la
dissimulation déclenche une mécanique comique tout en révélant les failles morales d’une société.
B. Le mensonge comme source de conflits
• Le mensonge n’est pas qu’un ressort comique : il crée de véritables tensions sociales et affectives.
• Dorante, en inventant une fête donnée pour Clarice, déclenche la jalousie d’Alcippe. Ce récit fictif
mène à un duel, symbole du déshonneur provoqué par le mensonge.
• Pris dans ses inventions, Dorante finit par se contredire : à l’acte IV, il oublie le nom de son faux beau-
père. Ce moment de déséquilibre marque l’usure du système fictionnel. Cliton, entraîné malgré lui,
doit suivre ces inventions sans pouvoir les contrôler.
• Géronte, figure paternelle trompée, exprime une souffrance réelle sous la forme d’une tirade
grandiloquente : “Ô vieillesse facile ! ô jeunesse impudente !” ; écho burlesque au tragique
cornélien.
• Le mensonge déstabilise aussi les identités. Clarice et Lucrèce échangent leurs rôles lors de la scène
nocturne, jusqu’à ce que Clarice s’exclame : “Je ne sais plus moi-même, à mon tour, où j’en suis.”
• Le désordre n’est pas que verbal : il est moral, amoureux, familial. Corneille montre que le mensonge
dérègle tout en amusant, et qu’il met à l’épreuve un monde fondé sur l’honneur, le nom et la parole.
II. Amour et galanterie : un jeu d’apparences
A. L’amour galant comme jeu codifié et artificiel
• L’amour n’est ni passion sincère ni élan tragique : c’est un jeu social, régi par des codes galants et
mondains. Dorante ne cherche pas à aimer, mais à séduire et briller dans une société où la réussite
repose sur l’apparence et le discours.