Manon Lescaut est un roman écrit par l’Abbé Prévost en 1731, constituant le septième et dernier tome des
Mémoires et aventures d’un jeune homme de qualité. Ce récit enchâssé, publié sous la Régence, fut jugé
sulfureux et censuré dès sa parution. Son auteur, un ecclésiastique à la vie tumultueuse, s’inscrit dans un
XVIIIᵉ siècle en pleine mutation, marqué par l’essor des idées des Lumières. Cet extrait évoque la rencontre
amoureuse entre Manon et Des Grieux, racontée à la lumière du drame à venir.
Ainsi, nous pouvons nous demander : Comment l’abbé Prévost met-il en scène le coup de foudre entre
Manon et Des Grieux tout en annonçant son avenir tragique ?
Dans un premier temps, nous analyserons les circonstances de la rencontre entre le chevalier Des Grieux et
Manon Lescaut, évoquées des lignes 1 à 5, puis nous étudierons le coup de foudre de Des Grieux pour Manon
Lescaut, développé des lignes 6 à 16, pour finir avec la création d’un rapprochement par la naissance d’un
dialogue entre les deux personnages, dépeinte des lignes 16 à 24.
I. Les circonstances de la rencontre entre le chevalier Des Grieux et Manon Lescaut
Dans un premier temps, cet extrait décrit les circonstances de la rencontre, en mettant en évidence la
jeunesse et l’innocence de Des Grieux, ainsi que les prémices du destin tragique.
Le récit est marqué par une narration rétrospective, où Des Grieux s’exprime à la première personne. L’emploi
du plus-que-parfait “avait marqué” ancre l’action dans un passé lointain, renforcé par des marqueurs
temporels.
L’opposition entre le plus-que-parfait et l’imparfait traduit le regret du narrateur, accentué par l’interjection
“Hélas !” qui annonce les malheurs à venir. Grâce à la focalisation interne, le lecteur accède alors directement
aux émotions de Des Grieux.
Ensuite l’expression “J’aurais porté de chez mon père toute mon innocence” suggère la fin prochaine de sa
naïveté. Le terme “innocence” renvoie à la pureté enfantine, tandis que “chez mon père” évoque une
éducation stricte, presque religieuse.
La construction “que ne le marquais-je un jour plus tôt” traduit une absence de projet clair et un sentiment de
regret, alors que la lenteur du rythme narratif reflète l’oisiveté insouciante de la jeunesse. L’expression “la
veille même” laisse entendre que le drame aurait pu être évité, accentuant la dimension tragique.
Par ailleurs, l’apparition de personnages secondaires comme Tiberge et de lieux précis avec Amiens et Arras
inscrit le récit dans un cadre réaliste.
Enfin, le lieu de rencontre, l’auberge, symbolise une transition : le passage d’une vie innocente à un avenir
marqué par le drame. Le verbe “descendre” évoque à la fois l’arrivée concrète de Manon et une descente
métaphorique aux enfers, annonçant les épreuves à venir.
II. Le coup de foudre de Des Grieux pour Manon
Dans un deuxième temps, l’extrait met en scène le coup de foudre immédiat du jeune homme pour Manon,
révélant la force irrésistible de l’amour naissant.
Manon est immédiatement mise en avant : “il n’en resta qu’une fort jeune”, ce qui attire tout de suite
l’attention du narrateur. L’absence de description précise, associée à l’adjectif intensif “si charmante”,
suggère un charme irrésistible et presque envoûtant.