I. Le dilemme passion-raison
A. La passion amoureuse
• Dans l’Avis de l’auteur, Renoncour annonce vouloir offrir un “exemple terrible de la force des
passions”, plaçant ainsi la passion destructrice au cœur du projet romanesque.
• Manon et Des Grieux n’appartiennent pas au même milieu, ce qui rend leur relation inacceptable aux
yeux du monde.
• Par amour, Des Grieux renonce à un avenir prometteur, révélant la puissance irrationnelle de la
passion : “Manon était passionnée pour le plaisir, je l’étais pour elle.”
• Chaque retour vers Manon s’accompagne de douleur et d’humiliation, que Des Grieux accepte sans
réserve : “Hélas ! Je m’aperçois que je l’adore !”
• Le récit est traversé par un champ lexical de l’émotion (transport, pleurs, souffrance), soulignant
l’intensité de ce sentiment.
• La passion est aussi aveuglement : Des Grieux idéalise Manon même dans ses trahisons.
• Il transgresse ses valeurs (mensonges, vols, violence), ce qui confirme le pouvoir destructeur de
l’amour.
• Leur relation suit une structure cyclique : retrouvailles, bonheur bref, rupture, douleur. Ce cycle
renforce le caractère tragique du récit.
• Tiraillé entre amour et devoir, Des Grieux affronte un dilemme cornélien dont il ne sort jamais
vainqueur.
• Sa passion est autant affective que charnelle, nourrie par un désir assumé, exprimé dans une langue
sensuelle qui renforce l’ambiguïté de ses sentiments.
B. La raison
• Élevé dans un cadre rigide, Des Grieux est déchiré entre la morale familiale et son amour pour Manon,
symbole de plaisir et de transgression. Il devient ainsi le théâtre d’un conflit permanent entre vertu et
désir.
• En entrant à Saint-Sulpice, il cherche un cadre stable et rationnel, mais son attachement à Manon
l’emporte. Cet échec souligne l’impuissance de la raison face à la passion. “Je me sens le cœur
emporté par une délectation victorieuse. Tout ce qu’on dit de la liberté à Saint-Sulpice est une
chimère.”
• Tiberge, son ami fidèle, incarne la sagesse et la vertu. Il tente de ramener Des Grieux sur le droit
chemin, lui offrant conseils et soutien. Figure constante et désintéressée, son amitié “héroïque”
contraste avec l’échec moral du héros.
• Mais malgré les avertissements justes de Tiberge, Des Grieux ne parvient pas à s’y conformer : son
amour pour Manon l’emporte sur toute logique, preuve que la raison ne peut lutter contre la force des
sentiments. “Si j’eusse alors suivi ses conseils, j’aurais toujours été sage et heureux. [...] j’aurais
sauvé quelque chose du naufrage de ma fortune et de ma réputation.”
On peut rapprocher cette tension de celle vécue par Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir, également partagé
entre ambition rationnelle et passion destructrice, ce qui le mène, comme Des Grieux, à la chute.
II. La marginalisation