guerre
Fin 1914, après les premières offensives, l'espoir d'une guerre courte s'évanouit. Les sociétés doivent
désormais s'adapter à une guerre longue, d'une violence inouïe. La guerre exerce de plus en plus son emprise
sur les civils et devient une immense épreuve à laquelle nul ne semble pouvoir échapper.
Comment la Grande Guerre a-t-elle bouleversé les sociétés ?
I. Les civils victimes de guerre
A. Vivre en temps de guerre
1. Des cadres sociaux et familiaux bouleversés
En envoyant au front des millions d'hommes, qui sont autant de pères, de frères ou de fils, la guerre a déchiré
les familles. Il faut apprendre à vivre avec l'absence et les rares permissions octroyées aux soldats. Les lettres
échangées permettent de maintenir les liens : les soldats français reçoivent entre 3,5 et 4 millions de lettres
par jour. Les sociétés sont transformées par le conflit. Dans les campagnes, femmes, vieillards et enfants
doivent assumer l'essentiel du labeur. Dans les villes, il faut faire face aux pénuries et à l'afflux de réfugiés
fuyant les zones de combat.
2. Des populations rationnées
La mobilisation économique pour soutenir l'effort de guerre, les ravages sur les sols cultivables et
l'exploitation des territoires occupés entraînent des pénuries et l'obligation du rationnement. On souffre du
froid et de la faim. Le charbon comme le pain, la viande ou le sucre viennent à manquer.
La situation est particulièrement difficile en Allemagne, dont la population souffre des inégalités du système
de rationnement et du blocus maritime organisé par les Alliés dès l'automne 1914. L'hiver 1916-1917,
surnommé l’“hiver des navets”, est redoutable. Entre 450 000 et 700 000 civils sont victimes de la famine et de
ses conséquences.
B. Des populations prises pour cible
1. Les zones occupées
Suite aux invasions, des populations se retrouvent prisonnières dans leur territoire, en Belgique, dans le nord
de la France, dans les Balkans ou encore dans les territoires ukrainiens et biélorusses. L'occupation est
brutale. Sur le front occidental, il faut désormais vivre à l'heure allemande et composer avec les laissez-
passer, les réquisitions et les prises d'otages. Des populations sont internées dans des camps, parfois
déportées. Depuis Lille, 15 000 femmes sont ainsi envoyées de force en Allemagne : le travail forcé permet aux
occupants de bénéficier d'une main-d'œuvre gratuite.
2. Les bombardements
La modernisation de la guerre et sa radicalisation croissante conduisent à l'élaboration de nouvelles stratégies
guerrières. Les bombardements sur l'arrière se multiplient, entraînant d'importantes destructions matérielles
et de nombreuses victimes : 260 morts à Karlsruhe (Allemagne) en juin 1916, 275 à Paris auxquels s'ajoutent
les 250 victimes d'obus tirés en mars 1918 par un canon à longue portée. A Londres, au plus fort des