SEQ1 : De l’étonnement à l’anéantissement
Txt 1 p.108 Jean de LERY (récit de voyage)
Il est d’abord étonné (ethnocentrisme) Tendance à privilégier les normes et
valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés.
1. Il est désorienté par l’accueil qui lui ai fait : étourdissant + énumération de
l’arrachage des accessoires (rapidité qui le surprend)
2. Il ne comprend pas leur langage (« haut allemand » + besoin d’interprète)
3. Il a quelques préjugés : « sauvages » + notation de la nudité
Mais il s’efforce de comprendre et de déplacer son point de vue.
Il croit qu’on lui vole ses affaires, alors que c’est simplement un rituel d’accueil
puis réalise ensuite que les Tupinambas rendent toujours ce qu’ils prennent.
S’attribue un nom qui est plus facile à prononcer au lieu d’un prénom français et
choisit un mot qu’ils connaissent.
Dans quelle mesure Levy Strauss déconstruit l’ethnocentrisme dans ses
propos ?
I. Un regard critique sur l’ethnocentrisme occidental
Rejet du voyage comme exotisme simpliste :
Lévi-Strauss commence par un ton désabusé, presque amer. Il critique
ceux qui voyagent pour « voir du pittoresque », pour se dépayser
superficiellement, sans comprendre réellement les cultures qu’ils visitent.
Il dénonce l’illusion d’un ailleurs accessible sans effort.
Autocritique implicite :
En tant qu’Européen, il reconnaît qu’il n’échappe pas totalement à cette
tentation ethnocentrée. Son malaise devant certaines scènes témoigne
d’une prise de conscience : il sent que le regard occidental est souvent
biaisé, construit par des attentes, des stéréotypes, voire une forme de
supériorité implicite.
Dénonciation de la hiérarchie des civilisations :
Lévi-Strauss refuse de considérer les sociétés traditionnelles comme
« arriérées ». Il critique la modernité occidentale, qu’il juge
destructrice, envahissante, souvent vide de sens spirituel. Ainsi, il inverse
parfois le rapport de force : ce sont les sociétés industrialisées qui
apparaissent barbares, et non les peuples dits « primitifs ».
, II. Une redéfinition de la représentation du monde
Un monde désenchanté :
Le regard de Lévi-Strauss est profondément mélancolique. Le monde qu’il
observe semble uniformisé, abîmé par le tourisme, la mondialisation, le
progrès mal maîtrisé. Il parle souvent d’une perte de diversité
culturelle.
Refus de l’exotisation :
Il ne cherche pas à dépeindre l’Autre comme étrange ou spectaculaire,
mais à le replacer dans un système de pensée cohérent et égal au
nôtre. Son approche est structurale : chaque culture possède ses logiques
propres, et aucune n’est supérieure à une autre.
Vision circulaire ou horizontale du monde :
En dépassant l’ethnocentrisme, Lévi-Strauss propose une représentation
égalitaire de l’humanité : chaque peuple, chaque culture, est un
fragment d’un tout, et mérite d’être compris pour ce qu’il est. Il rejette
l’idée de « centre » et de « périphérie » dans la culture.
III. Une invitation à la réflexivité et à la modestie
Le voyage comme introspection :
Chez Lévi-Strauss, le vrai voyage est intérieur. Confronter l’Autre, c’est
surtout se découvrir soi-même. L’ethnocentrisme, en ce sens, est un
miroir : il révèle nos propres limites, nos habitudes culturelles, nos réflexes
inconscients.
Rôle de l’anthropologue :
Loin du conquérant ou du curieux, l’anthropologue est présenté comme un
passeur modeste, un observateur silencieux. Son rôle est de traduire,
sans déformer, sans juger. Cette posture illustre un respect profond des
civilisations.
Une représentation du monde comme fragile et menacée :
Finalement, Lévi-Strauss nous met en garde : la disparition des cultures
humaines est aussi grave que l’extinction des espèces. Le monde
qu’il évoque est un écosystème culturel, où chaque forme de vie a sa
valeur.
Conclusion :
Dans Un récit de voyage, Lévi-Strauss déconstruit l’ethnocentrisme en critiquant
le regard occidental sur les autres civilisations. Il propose une représentation
du monde plurielle, égalitaire et respectueuse, où chaque culture est un
mode d’être au monde, ni supérieur ni inférieur. Ce texte n’est pas un simple
récit de découverte, mais un manifeste contre les préjugés culturels, et une
réflexion profonde sur la manière dont l’homme moderne devrait habiter le
monde.