Emmanuel Kant
Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique
Thèse : il existe une fin naturelle de l’histoire humaine.
Remarque : illustration du lien fort entre anthropologie (propositions 1 à 4), politique (propositions 5
à 7) et histoire (propositions 8 et 9).
INTRODUCTION
Les actions humaines suivent un certain déterminisme. L’histoire étudie ces actions pour y trouver
un cours régulier, qui existe a priori malgré l’ignorance des individus à son sujet (ils suivent leurs fins
particulières). Une histoire ordonnée du point de vue de l’individu ne semble pas possible.
Cependant, il est possible d’envisager un dessein de la nature pour donner du sens à l’histoire
humaine. L’histoire est-elle conforme à un plan déterminé de la nature ? Kant n’interroge ici que la
possibilité a priori d’un tel principe directeur, non son contenu.
Proposition 1 (hypothèse forte) : « Toutes les dispositions naturelles d’une créature sont
déterminées de façon à se développer un jour complètement et conformément à un but ».
Autrement, aucune loi naturelle ne pourrait être établie.
Proposition 2 (hypothèse faible) : « Chez l’homme (en tant que seule créature raisonnable sur terre),
les dispositions naturelles qui visent à l’usage de sa raison n’ont pas dû recevoir leur développement
complet dans l’individu mais seulement dans l’espèce ».
En effet, la raison (capacité à étendre des règles) doit s’essayer pour se développer à un terme qui
dépasse une vie limitée. La génération est donc le terme fixant le but de l’effort à fournir.
Proposition 3 : « La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse
l’agencement mécanique de son existence animale, et qu’il ne participe à aucune autre félicité ou
perfection que celle qu’il s’est créé lui-même, indépendamment de l’instinct par sa propre raison ».
La nature a doté l’homme de la raison et donc de la liberté de la volonté. « La nature semble même
s’être ici complu à sa plus grande économie ». « C’est comme si elle avait attaché plus d’importance
chez l’homme à l’estime raisonnable de soi qu’au bien-être ». Cela implique que les générations
œuvrent pour leur bonheur sans y accéder, les progrès de la raison n’étant pas suffisants. Mais
d’après les propositions 1 et 2, ce fait est une nécessité.
Proposition 4 : « Le moyen dont la nature se sert pour mener à bien le développement de toutes ses
dispositions (celles de l’homme) est leur antagonisme au sein de la Société pour autant que celui-ci
est cependant en fin de compte la cause d’une ordonnance régulière de cette Société ».
Par antagonisme, Kant entend leur « insociable sociabilité », c’est à dire l’inclination à entrer dans la
société doublée d’une répulsion à le faire car l’homme s’attend à la résistance d’autrui. Mais cette
résistance le pousse à développer ses forces, sous l’impulsion de son appétit égoïste (leur existence
particulière est posée comme première pour eux). Ce mécanisme permet d’accéder à la culture.
Alors, un accord pathologiquement extorqué en vue de l’établissement d’une société peut se
convertir en un tout moral ». « L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui
est bon pour son espèce : la discorde ».
Proposition 5 : « Le problème essentiel pour l’espèce humaine, celui que la nature contraint
l’homme à résoudre, c’est la réalisation d’une Société civile administrant le droit de façon universelle
».
Seule une société garantissant un maximum de liberté (antagonisme) et un maximum de
détermination des limites de cette liberté (antagonisme rendu compatible) permet l’épanouissement
Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique
Thèse : il existe une fin naturelle de l’histoire humaine.
Remarque : illustration du lien fort entre anthropologie (propositions 1 à 4), politique (propositions 5
à 7) et histoire (propositions 8 et 9).
INTRODUCTION
Les actions humaines suivent un certain déterminisme. L’histoire étudie ces actions pour y trouver
un cours régulier, qui existe a priori malgré l’ignorance des individus à son sujet (ils suivent leurs fins
particulières). Une histoire ordonnée du point de vue de l’individu ne semble pas possible.
Cependant, il est possible d’envisager un dessein de la nature pour donner du sens à l’histoire
humaine. L’histoire est-elle conforme à un plan déterminé de la nature ? Kant n’interroge ici que la
possibilité a priori d’un tel principe directeur, non son contenu.
Proposition 1 (hypothèse forte) : « Toutes les dispositions naturelles d’une créature sont
déterminées de façon à se développer un jour complètement et conformément à un but ».
Autrement, aucune loi naturelle ne pourrait être établie.
Proposition 2 (hypothèse faible) : « Chez l’homme (en tant que seule créature raisonnable sur terre),
les dispositions naturelles qui visent à l’usage de sa raison n’ont pas dû recevoir leur développement
complet dans l’individu mais seulement dans l’espèce ».
En effet, la raison (capacité à étendre des règles) doit s’essayer pour se développer à un terme qui
dépasse une vie limitée. La génération est donc le terme fixant le but de l’effort à fournir.
Proposition 3 : « La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse
l’agencement mécanique de son existence animale, et qu’il ne participe à aucune autre félicité ou
perfection que celle qu’il s’est créé lui-même, indépendamment de l’instinct par sa propre raison ».
La nature a doté l’homme de la raison et donc de la liberté de la volonté. « La nature semble même
s’être ici complu à sa plus grande économie ». « C’est comme si elle avait attaché plus d’importance
chez l’homme à l’estime raisonnable de soi qu’au bien-être ». Cela implique que les générations
œuvrent pour leur bonheur sans y accéder, les progrès de la raison n’étant pas suffisants. Mais
d’après les propositions 1 et 2, ce fait est une nécessité.
Proposition 4 : « Le moyen dont la nature se sert pour mener à bien le développement de toutes ses
dispositions (celles de l’homme) est leur antagonisme au sein de la Société pour autant que celui-ci
est cependant en fin de compte la cause d’une ordonnance régulière de cette Société ».
Par antagonisme, Kant entend leur « insociable sociabilité », c’est à dire l’inclination à entrer dans la
société doublée d’une répulsion à le faire car l’homme s’attend à la résistance d’autrui. Mais cette
résistance le pousse à développer ses forces, sous l’impulsion de son appétit égoïste (leur existence
particulière est posée comme première pour eux). Ce mécanisme permet d’accéder à la culture.
Alors, un accord pathologiquement extorqué en vue de l’établissement d’une société peut se
convertir en un tout moral ». « L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui
est bon pour son espèce : la discorde ».
Proposition 5 : « Le problème essentiel pour l’espèce humaine, celui que la nature contraint
l’homme à résoudre, c’est la réalisation d’une Société civile administrant le droit de façon universelle
».
Seule une société garantissant un maximum de liberté (antagonisme) et un maximum de
détermination des limites de cette liberté (antagonisme rendu compatible) permet l’épanouissement