I. La quête de liberté et de soi
A. La jeunesse qui amène à sa marginalisation
• Chez Rimbaud, la jeunesse n’est pas vécue comme un moment d’éveil ou de découverte, mais comme
une période de tension. Trop lucide, le jeune poète refuse les cadres affectifs, sociaux et culturels du
monde adulte. Ce rejet l’isole, mais alimente une énergie nouvelle, celle de l’émancipation.
• Dans Roman, l’adolescence est décrite avec ironie. Le célèbre vers “On n’est pas sérieux, quand on a
dix-sept ans” ne célèbre pas la jeunesse, il en dévoile l’illusion. Le sujet lyrique ne se laisse pas porter
par l’élan amoureux, il garde une distance critique face à ses propres sentiments.
• Les Réparties de Nina met en scène une relation amoureuse réduite à des échanges creux. Aucun lien
profond ne se crée, l’amour n’est qu’un jeu désenchanté. Cette superficialité renforce le sentiment
d’inadéquation.
• Dans Première Soirée, le rapport au corps est brut, direct : “Elle était fort déshabillée”. Aucun lyrisme
ici, aucune tendresse. La sexualité n’apporte ni bonheur ni vérité, mais souligne l’échec de toute
idéalisation.
• Pourtant, cette mise à l’écart devient source de liberté. Dans Ma Bohème, le poète choisit la pauvreté :
“Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées”. En refusant d’entrer dans le monde des
adultes, Rimbaud transforme l’écriture en refuge, en lieu de création libre.
• Sa jeunesse n’est donc pas une simple étape, mais le point de départ d’une démarche créatrice.
Marginal, Rimbaud choisit d’écrire plutôt que de se conformer, et fait de la poésie l’espace où il peut
exister selon ses propres lois.
Comme Fabrice dans La Chartreuse de Parme, Rimbaud vit sa jeunesse dans le conflit. Mais là où Fabrice
cherche à se placer dans l’histoire, Rimbaud choisit l’évasion poétique, portée par l’écart, la révolte et la
solitude active.
B. Le voyage et l’errance
• Le voyage, chez Rimbaud, ne relève pas de l’aventure ou du pittoresque. Il incarne une volonté de
rupture avec les repères imposés, une tentative pour vivre et écrire autrement, dans un refus des
attaches sociales et familiales.
• Dans Ma Bohème, le poète revendique l’errance comme un choix : “Je m’en allais, les poings dans
mes poches crevées”. Il ne subit pas la pauvreté, il la transforme en condition de liberté. L’espace
parcouru devient une matière à poésie, et le corps en marche, une source d’inspiration : “J’allais sous
le ciel, Muse !”.
• Dans Sensation, la marche se double d’un refus de la pensée consciente : “Je ne penserai rien”. Le
poète s’abandonne au pur contact avec le monde. Le langage est mis à distance, pour mieux capter
l’instant sensoriel.
• Cette errance est aussi intérieure. Rêvé pour l’hiver décrit un espace clos, imaginaire : “un petit wagon
rose”. L’ailleurs n’est plus extérieur, il devient mental. Ce voyage est refuge, plus que conquête, une
manière de se protéger du monde qui l’entoure.
• Rimbaud ponctue ses poèmes de lieux de passage (auberges, chambres, routes) qui deviennent autant
des espaces d’éveil, de rêverie, de sensations. Le Buffet, Au Cabaret-Vert ou À la musique montrent
que ces haltes nourrissent l’écriture autant que le déplacement.