Olympe de Gouges est une auteure engagée dont les écrits traduisent ses nombreux combats pour l’égalité et
la justice entre les êtres humains. Féministe avant tout, elle aspire à réhabiliter les femmes dans la société en
leur octroyant une place légitime en tant que citoyennes. C’est dans cette optique qu’elle écrit La Déclaration
des droits de la femme et de la citoyenne pour pallier les lacunes de La Déclaration des droits de l’homme et
du citoyen. Avant d’énumérer les articles de sa Déclaration, elle insère un court texte intitulé “Les droits de la
femme”, dans lequel elle apostrophe les hommes sur un ton catégorique et appelle à une véritable égalité
entre les sexes.
Ainsi, nous pouvons nous demander : En quoi ce texte polémique remet-il en question la prétendue
domination de l’homme sur la femme ?
Dans un premier temps, nous analyserons l’interpellation de l’homme pour le défier et le confronter à la
réalité, des lignes 1 à 5, puis l’éloge de la nature pour mieux blâmer son comportement, développée des lignes
6 à 10, pour finir avec le portrait d’un homme ignorant et coupable, dépeint des lignes 11 à 15.
I. Interpeller l’homme pour le défier et le confronter à la réalité
Dès l’entame du texte, Olympe de Gouges interpelle directement les hommes en utilisant le mot “Homme”,
renforcé par l’emploi du tutoiement. Ce choix grammatical instaure un rapport d’égal à égal et souligne sa
volonté d’effacer toute hiérarchie entre les sexes.
Elle pose alors une question rhétorique : “Es-tu capable d’être juste ?”, qui ne vise pas tant à obtenir une
réponse qu’à mettre en doute la légitimité de la domination masculine. La provocation est accentuée par
l’affirmation : “C’est une femme qui t’en fait la question”, où l’antithèse entre “homme” et “femme” met en
lumière l’opposition entre les sexes. De plus, l’emploi du futur dans “tu ne lui ôteras pas du moins ce droit”
traduit une affirmation confiante, même si elle exprime aussi une réserve sur la bienveillance masculine.
La suite de l’interpellation comprend trois interrogations successives dénonçant la tyrannie des hommes :
“Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ?”. À travers le champ lexical de la tyrannie
“souverain”, “empire”, “opprimer”, Olympe de Gouges condamne avec fermeté cette domination arbitraire.
Elle se positionne alors comme la porte-parole de toutes les femmes, élargissant ainsi son discours à une
revendication universelle.
Elle poursuit en remettant en question les fondements de cette prétendue supériorité, qu’elle réduit à deux
possibilités : la “force” ou les “talents”. Par cette dichotomie, elle laisse entendre que ni la puissance
physique ni l’intellect ne peuvent légitimer une telle hiérarchie. Elle enjoint alors l’homme à observer la nature,
soulignant par des impératifs comme “Observe”, “parcours”, “donne-moi” l’importance d’un retour à la
logique et à l’harmonie naturelle. Elle oppose également “l’empire tyrannique” de l’homme à la “sagesse” du
Créateur et à la “grandeur” de la nature pour discréditer le comportement des hommes.
Enfin, elle conclut ce passage en défiant l’homme. Par l’emploi d’une hypothèse introduite par “si”, elle
anticipe son incapacité à prouver la légitimité de sa domination discréditant l’homme avant même qu’il ne
tente de répondre.
II. Faire l’éloge de la nature pour mieux blâmer le comportement des hommes
Dans un deuxième temps, Olympe de Gouges s’appuie sur une observation de la nature pour démontrer que la
domination masculine est artificielle. À travers une énumération d’impératifs “Remonte”, “consulte”,
“étudie”, “jette un coup d’œil”, elle engage l’homme dans une démarche scientifique, soulignant son désir de
confronter la prétendue légitimité de l’homme aux faits.