Théâtre expérimental, inscrit dans le courant contemporain que les critiques ont
baptisé « le théâtre de voix » (théâtre d'avant-garde) : la parole dramatique peut se
passer de situations, de personnages bien définis et de didascalies. La parole n'est
plus l'instrument de l'action : elle est l'action (contrairement au théâtre classique,
comme celui de Racine où la parole est un moyen de raconter ce qui s'est passé,
faute de pouvoir le représenter, par soucis de bienséance). C'est un théâtre sans
situations, sans fable, un texte fragmenté difficilement lisibles. Mais les textes de
Renaude présente la récurrence de certains motifs (en l'occurrence la mort et de la
filiation : générations les unes après les autres prennent la parole) qui servent à
compenser l'éclatement radical de la forme dramatique en créant une apparence
de profondeur psychologique ainsi que l'illusion d'une dimension spatio-temporelle.
Sur les personnages : on ne parle plus de personnages, mais de voix, de figures.
Les critiques Jean-Pierre Ryngaert et Julie Sermon définissent ce terme de figure
comme étant des « présences parlantes polyphoniques, les figures n'ont
d'autres vérité que l'ici et maintenant théâtral de leur énonciation » : esquisses
de personnages potentiels privés de passé et d'avenir.
Dans le théâtre traditionnel : il y a avant des personnages qui sont à l'origine des
énoncés (des répliques) alors que dans ce théâtre de voix, il y a d'abord des
énoncés (les énonciateurs sont ensuite plus ou moins identifiables : dans la pièce
ils ont un nom, mais le spectateur à la différence du lecteur ne le connaît pas : le
lecteur voit le nom du personnage car il est écrit, mais il n'est jamais évoqué dans
les énoncés, dans les prises de paroles des « personnages » successifs)
Malgré l'absence de références géographiques précises, la pièce nous laisse
l'impression que tout ce monde a habité un seul terroir. Françoise Spiess écrit :
« derrière cette généalogie individuelle, se profile la grande Histoire et sa
succession de guerres » ⇒ l'usage de la filiation de Renaude sert à créer l'illusion
de progression temporelle/historique dans une pièce privée d'action
dramatique (la seule action se trouve dans la deuxième partie de la pièce, celle de
l'opérette)
66 personnages
54 hommes
12 femmes ⇒ difficulté à mettre en scène (ou alors proposition d'un seul acteur qui
jouerait tous les personnages, abandon de la vraisemblance)
→ le thème est : la naissance comme catastrophe intime : cette pièce est une
succession de figures (pour ne pas dire personnages) qui témoignent de leur
expérience de la vie.
Texte en 2 mouvements :
- le premier comprend 65 petits monologues, chacun résumant la vie et la mort d'un
aïeul ou d'une aïeule dans la même famille. Les énoncés tendent à prendre plus