Philosophie
Texte et corrigé
Niveau bac/bac+1
Socrate : Eh bien, Gorgias, je crois que c'est une pratique qui n'a rien d'un
art, mais qui demande un esprit sagace, viril et naturellement apte au commerce
des hommes. Le fond de cette pratique est pour moi la flatterie. Elle me paraît
comprendre plusieurs parties; la cuisine en est une. Celle-ci passe pour être un
art; mais, à mon sens, elle n'en est pas un ; c'est un empirisme et une routine.
Parmi les parties de la flatterie, je compte aussi la rhétorique, la toilette et la
sophistique. Il y en a quatre, qui se rapportent à quatre objets. Si maintenant
Polos veut m'interroger, qu'il le fasse ; car je ne lui ai pas encore expliqué quelle
partie de la flatterie est, selon moi, la rhétorique. Il ne s'est pas aperçu que je ne
lui avais pas encore répondu sur ce point, et il persiste à me demander si je ne la
trouve pas belle. Mais moi, je ne lui répondrai pas si je tiens la rhétorique pour
belle ou laide, avant d'avoir répondu d'abord sur ce qu'elle est ; car ce ne serait
pas dans l'ordre, Polos. Demande-moi donc, si tu veux le savoir, quelle partie de
la flatterie est, à mon avis, la rhétorique.
Polos : Soit, je te le demande : dis-moi quelle partie c'est.
Socrate : Comprendras-tu ma réponse ? À mon avis, la rhétorique est le
simulacre d'une partie de la politique. (...) Voyons maintenant si j'arriverai à
t'expliquer plus clairement ce que je veux dire. Je dis que, comme il y a deux
substances, il y a deux arts. L'un se rapporte à l'âme : je l'appelle politique. Pour
l'autre, qui se rapporte au corps, je ne peux pas lui trouver tout de suite un nom
unique ; mais dans la culture du corps, qui forme un seul tout, je distingue deux
parties, la gymnastique et la médecine. De même dans la politique je distingue
la législation qui correspond à la gymnastique et la justice qui correspond à la
médecine. Comme les arts de ces deux groupes se rapportent au même objet, ils
ont naturellement des rapports entre eux, la médecine avec la gymnastique, la
justice avec la législation, mais ils ont aussi des différences. Il y a donc les
quatre arts que j'ai dits, qui veillent au plus grand bien, les uns du corps, les
autres de l'âme. Or la flatterie, qui s'en est aperçue, non point par une
connaissance raisonnée, mais par conjecture, s'est divisée elle-même en quatre,
puis, se glissant sous chacun des arts, elle se fait passer pour celui sous lequel
elle s'est glissée. Elle n'a nul souci du bien et elle ne cesse d'attirer la folie par
l'appât du plaisir ; elle la trompe et obtient de la sorte une grande considération.
, C'est ainsi que la cuisine s'est glissée sous la médecine et feint de connaître les
aliments les plus salutaires au corps, si bien que, si le cuisinier et le médecin
devaient disputer devant des enfants ou devant des hommes aussi peu
raisonnables que les enfants, à qui connaît le mieux, du médecin ou du cuisinier,
les aliments sains et les mauvais, le médecin n'aurait qu'à mourir de faim. Voilà
donc ce que j'appelle flatterie et je soutiens qu'une telle pratique est laide, Polos,
car c'est à toi que s'adresse mon affirmation, parce que cette pratique vise à
l'agréable et néglige le bien. J'ajoute que ce n'est pas un art, mais une routine,
parce qu'elle ne peut expliquer la véritable nature des choses dont elle s'occupe
ni dire la cause de chacune. Pour moi, je ne donne pas le nom d'art à une chose
dépourvue de raison. Ainsi donc, je le répète, la flatterie culinaire s'est recelée
sous la médecine, et de même, sous la gymnastique, la toilette, chose
malfaisante, décevante, basse, indigne d'un homme libre, qui emploie pour
séduire les formes, les couleurs, le poli, les vêtements et qui fait qu'en
recherchant une beauté étrangère, on néglige la beauté naturelle que donne la
gymnastique. (...)
Corrigé de l’explication de l’extrait
Les apparences sont souvent trompeuses, par exemple je vois du vide
dans mon verre sans liquide, mais cela n'est qu'une illusion, car en réalité il est
rempli d'air. Mais les apparences sont aussi attirantes, et d'autant plus quand
elles sont agréables et flatteuses. Ce que l'on voit alors d'elles, c'est ce qui fait
plaisir, indépendamment de savoir si ce dont elles sont les apparences est vrai
ou faux. Le réchauffement climatique, par exemple, peut avoir des avantages
pour certaines sensibilités. Il peut être appréciable de goûter en hiver un
supplément de chaleur dans certaines régions. Pourtant ces apparences
flatteuses, confortables pour certains, ne doivent pas tromper, le réchauffement
climatique n'est pas favorable à la vie, il engendre des maladies et une
extinction, sans précédent, d'espèces végétales et animales. En cela, le
réchauffement climatique doit être connu, indépendamment de ses apparences
sensibles qui peuvent être multiples et variées et surtout trompeuses. La vérité