(Pistes pour un corrigé)
1) Avec Bergson, l'art a le pouvoir de rendre visible l'invisible, il n'est donc pas
un pouvoir sur les sujets mais un pouvoir sur les choses. Il fait voir ce qui est
mais que nous ne savons, ne pouvons ou ne voulons pas voir. Dès lors, l'oeuvre
d'art réfléchit le monde, nous en offre un miroir sans l'imiter pour autant.
L'oeuvre signifie le monde, le donne à penser. Ponge fait voir la beauté du
monde des objets, ceux que nous considérons comme bassement utiles, triviaux.
Macé rend compte du pouvoir de la poésie à faire entendre ce qui a lieu dans
notre monde, aujourd'hui l'extinction des oiseaux. Avec l'extinction des oiseaux,
le monde non-chante comme l'écrit Jean-Christophe Bailly. Ici il n'y a pas de
pouvoir au sens platonicien du terme, il n'y a pas d'emprise sur le spectateur ou
le lecteur, car c'est à ce dernier d'entendre ce que l'artiste cherche à faire
entendre ou à voir ce que l'artiste cherche à montrer. L'oeuvre en cela ne relève
pas d'une idolâtrie qui imposerait une lecture unique au sujet mais bien plutôt
d'une icône au sens d'une image qui cherche à faire lien avec une signification
ou un sens à chercher. Dans la religion, une icône est une représentation qui
cherche à mettre en relation un sujet avec une transcendance, l'idée d'amour ou
de justice. Dès lors, l'image se déchiffre, s'interprète mais elle n'impose pas un
sens précisément parce que le sens qu'elle cherche à dévoiler elle ne le
représente pas mais le suggère, l'appelle. Ici l'art n'est pas tant un pouvoir
qu'une puissance de révélation. Ne peut-on pas dire alors que cette puissance est
un contre-pouvoir, au sens où elle fait voir ce qui n'est pas immédiatement
visible ou perceptible ?
2) Avec Kant, le jugement de goût est un dessaisissement du pouvoir-emprise.
Ce qui m'intéresse dans l'oeuvre belle, cela n'est pas sa présence matérielle,
réelle mais sa représentation. Je ne veux pas posséder la chose mais la
contempler pour elle-même. Je prends alors du plaisir au non pouvoir sur les
choses. Ici l'expérience de la beauté donne à penser que les sujets humains ne
sont pas seulement des êtres intéressés, marqués par la possession mais surtout
que la relation de non-pouvoir est une relation qui engendre du plaisir. L'art
n'est alors pas une emprise puisqu'il fait éprouver aux sujets la possibilité d'une
dimension désintéressée dans leur rapport au monde mais aussi dans leur
rapport aux autres. En effet, du point de vue de la quantité, l'expérience de la