Résumé : Alors que H.1 est venu voir H.2 pour savoir comment
s‘explique la distance qu’il ressent entre eux, leur conversation, à
partir d’une simple phrase, évolue progressivement en une
dispute où s’opposent leurs choix de vie et les valeurs qui les
fondent.
Nathalie Sarraute développe sa réflexion sur la « sous-conversation » et
sur les « tropismes » que porte la parole, la transposition de ces notions
au théâtre interroge : ce genre littéraire est-il approprié à l’illustration de
la dispute ?
Dans l'Antiquité grecque, le mot âgon, qui signifie d'abord « concours »,
« lutte », est utilisé par différents auteurs, comme Plutarque et
Aristote, pour désigner le théâtre lui-même, résumant ce genre
comme le lieu de l'affrontement. En effet, la scène théâtrale a toujours
permis la confrontation entre personnages, et ce notamment en raison de
sa dimension orale, dialoguée. Eugène Ionesco reprendra d'ailleurs cette
idée dans Notes et contre-notes (1962) : « Il faut aller au théâtre comme
on va à un match de football, de boxe, de tennis. Le match nous donne en
effet l'idée de ce qu'est le théâtre à l'état pur : antagonismes en présence,
oppositions dynamiques, heurts sans raison de volontés contraires. »
- Pour un oui ou pour un non :
H2. - Soupire - ... il y avait entre "c'est bien" et "ça" un intervalle plus
grand : "C'est biiien... ça...". Un accent mis sur "bien"... un étirement :
"biiien" et un suspens avant que "ça" arrive... ce n'est pas sans
importance
Ici, le conflit naît d’une perception subjective d’un « ton » particulier, qui
devient le point de départ d’un désaccord, montrant la difficulté de saisir
l’intention derrière les paroles de l’autre.
- H1 : « Ce qui m’a blessé, c’est ce que tu n’as pas dit. » (Milieu de la
pièce)
Les non-dits prennent une importance capitale dans *Pour un oui ou pour
un non*, où l’absence de paroles explicites devient une source de douleur
et de conflit.
"C'est une question de nuances."
Cette citation souligne l'importance des détails subtils dans la
communication, un thème récurrent dans l'œuvre de Sarraute. Les