Introduction:
En 1871, dans deux lettres dites “du voyant”, adressées à ses amis Georges Izambard et
Paul Demeny, Rimbaud confie au poète le rôle de changer le monde par la découverte de
l’inconnu, en se faisant voyant par un “long, immense et raisonnée dérèglement de tous les
sens”. Arthur Rimbaud fut en effet l’un des poètes français les plus célèbres du XIXe siècle,
qui renonça à la poésie à l’âge de vingt ans au profit d’une existence marquée par
l’aventure, voyageant notamment en Abyssinie et en Arabie. Il captive à la fois par son
audace et par son caractère voyant et errant, perceptible dès son premier recueil, les
Cahiers de Douai, qui rassemble vingt-deux poèmes écrits durant l'adolescence, à l'époque
de ses premières fugues.
En quoi peut-on affirmer que la poésie qui s’y déploie est celle d’un explorateur visionnaire,
constituant une véritable révolution poétique?
Annonce du plan
Autres accroches possibles:
Dans une lettre adressée à Théodore de Banville en 1870, Rimbaud écrit: “Nous sommes au
mois de l’amour, j’ai presque dix-sept ans, l’âge des espérances et des chimères, comme on
dit. [...] Je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, pardon si c’est banal, à dire,
mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes”. Cette confidence
épistolaire cache déjà une ambition immense : celle de s'approprier les codes de ses aînés
pour mieux s'en affranchir.
I. Une émancipation intellectuelle et spirituelle
1) Un rejet du matérialisme bourgeois au profit d’un dénuement libérateur
- La pauvreté heureuse: “débraillé comme un étudiant”,
contraste avec les bourgeois qui se soucient de leur
apparence et des choses superficielles ⇒ Rimbaud accède à
une façon de vivre plus essentielle, par le souci des questions
intellectuelles et amoureuses. Ses vêtements et objets
matériels lui importent peu.
- “Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées” (Ma
Bohème) ⇒ désinvolture, insouciance, manque d’attention
prêté par Rimbaud à ses possessions matérielles
2) Une poésie de liberté intellectuelle et sensorielle
- Rimbaud affirme son besoin de liberté en décrivant une fuite
imaginaire dans Sensation: “Et j’irai loin, bien loin, comme un
bohémien”. Le jeune poète souhaite vivre loin de la ville, au contact de
la nature qui éveille sa sensualité
- Colette pratique une écriture de l'émancipation par la célébration des
sens et le refus des codes citadins dans Les Vrilles de la vigne. Chez
elle aussi, la liberté passe par l'état sauvage, l'écoute de la faune et
de la flore, loin des contraintes du mariage ou des salons parisiens.
- Il recherche une liberté de l’âme, la liberté joyeuse d’un
jeune homme: “On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept
, ans” (Roman) → Il veut vivre à sa guise et laisser libre cours à
ses émotions, se livrer à l’ivresse des sens
3) Une exploration de l’imaginaire et du monde onirique
- Rimbaud se lance dans un voyage dans l’imaginaire amoureux,
laissant libre cours à ses fantaisies érotiques: “Nous prendrons du
temps à trouver cette bête/ -Qui voyage beaucoup” (Rêvé pour l’hiver)
- Ouverture vers l’infini dans Ma Bohème: “Oh! Là! Là! Que
d’amours splendides j’ai rêvées!” → plus confiné au monde
réel, le rêve agit comme échappatoire ou comme une
élévation vers la sagesse: on est au coeur d’une fuite
imaginaire dont on ignore la destination, dans un registre
onirique
- Transition: Ainsi, les poésies des Cahiers de Douai sont marquées par
une recherche de liberté et d’émancipation du monde matériel au
profit d’une existence davantage imprégnée d’imagination. Cette
liberté reste toutefois à certains égards modérée, la révolution est plus
annoncée qu’accomplie.
II. Un recueil qui demeure attaché à des modèles préexistants et ancré dans le réel
1) Des modèles poétiques évidents
- Formes et structures majoritairement classiques: 12 des 22 poèms
sont des sonnets (forme héritée de la Renaissance), et une
abondance de quatrains
- Prédominance de l’alexandrin, vers classique par excellence, même
s’il lui confère parfois un rythme particulier.
- Dans ce recueil: très proche des formes traditionnelles, ce n’est pas
encore le Rimbaud des Illuminations, qui désarticule complètement le
langage
- Thématiques de l’époque: mythe de la naissance de Vénus (Vénus
Anadyomène), nature féminisée (Le dormeur du val) “C’est un trou de
verdure où chante une rivière”, “Nature, berce-le chaudement”
- Hommages à certains auteurs: Ophélie, hommage à Shakespeare
- L’esthétique parnassienne et la célébration de l’Antiquité dans Soleil
et Chair: “Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois!” usage
des majuscules qui fige la beauté dans une beauté sculpturale qui
imite ses maîtres
2) La réalité de la vie de province en 1870
- L'émancipation poétique se heurte à la banalité du quotidien provincial
(Charleville) et à l'attente. Au lieu de visions fantastiques, le poète est
d'abord le chroniqueur du trivial et du routinier.
- À la musique : “Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités/Qui
tisonnent le sable avec leur canne à pomme”. Le poète est bloqué
face au spectacle de la routine provinciale.
- Les Effarés : “À genoux, cinq petits - misère ! - / Regardent le
boulanger faire / Le lourd pain blond...”. Le poète est ramené sur terre