Le poème Ma Bohème est extrait des Cahiers de Douai, un recueil de jeunesse d’Arthur Rimbaud écrit en 1870,
dans lequel il propose une vision poétique provocatrice, iconoclaste et sensorielle. Ce sonnet en alexandrins
est marqué par un ton léger et espiègle, où l’adolescent célèbre son vagabondage et son amour pour la poésie.
À travers des images de pauvreté et de liberté, il associe la marche solitaire à une quête d’inspiration poétique,
tout en jouant avec les conventions littéraires pour exprimer son mépris des cadres bourgeois et son exaltation
de la liberté.
Ainsi, nous pouvons nous demander : Comment à travers sa vie de vagabond et sa proximité avec la
nature, Arthur Rimbaud exprime-t-il son sentiment de liberté ?
Dans un premier temps, nous analyserons l’image d’un poète espiègle et vagabond, évoquée des vers 1 à 5,
puis ce même poète à travers la comparaison du Petit-Poucet, développée des vers 6 à 11, pour finir avec la
chute parodique mais symbolique du sonnet, exprimée dans le dernier tercet.
I. L'espiègle vagabond
Le premier vers pose les bases de cette “bohème” idéale en introduisant plusieurs thèmes majeurs : le
vagabondage “je m’en allais”, l’insouciance “les poings dans mes poches”, et enfin, la pauvreté “mes poches
crevées”.
Par ailleurs, un enjambement perturbe immédiatement le rythme classique de l’alexandrin : la césure traverse
le complément, coupant “les poings” et “dans mes poches”. Ce procédé, à la fois espiègle et inattendu, mime
la désinvolture du vagabond.
En outre, dès le deuxième vers, l’autodérision apparaît avec une remarque ironique sur le “paletot” qui
“devenait idéal”. L'humour réside dans le double sens de l'adjectif “idéal” : le paletot est tellement usé qu'il
correspond à l'idéal de pauvreté de cette bohème fantasmée, mais il est aussi usé au point qu'il n'en reste plus
qu'une “idée”.
Ensuite, le verbe “j’allais” réapparaît au début du vers 3, établissant un parallèle avec le premier vers. Ce
rappel imite la continuité du mouvement, tout en soulignant la répétition monotone mais volontaire de la
marche. Le complément “sous le ciel” ajoute une double signification : il évoque d’une part la pauvreté, mais
également une liberté totale du poète.
De plus, l’invocation soudaine de la “Muse”, qui surgit immédiatement après la mention du ciel, relie la nature
et l’inspiration poétique dans une tradition romantique. Cependant, cette invocation se distingue par son ton
brusque, accentué par l’emploi d’un monosyllabe ponctué d’un point d’exclamation. Cette manière
d’introduire la divinité antique semble espiègle et décalée, comme pour se moquer des clichés poétiques.
Enfin, cette légèreté se retrouve dans l’expression “Oh ! là là !”. Cette exclamation crée un contraste avec
l’alexandrin classique, amplifiant la désinvolture. L’autodérision continue avec l’expression “que d’amours
splendides j’ai rêvées”, où le rêve s’oppose à la réalité. Le participe “rêvées” rime ironiquement avec
“crevées”, suggérant que ces amours idéalisés sont vouées à l’échec.
Le premier quatrain se termine par une description grotesque de son costume : “Mon unique culotte avait un
large trou.” Ce détail trivial déborde sur le second quatrain, au mépris des règles classiques, ajoutant un ton
cocasse et naïf à l’autoportrait.
II. Un Petit-Poucet à la belle étoile
À partir du deuxième quatrain, un changement d’imagerie s’opère, marqué par un tiret au début du vers 6. Le
poète n’est plus simplement un “féal” de la Muse, mais un personnage de conte : un “Petit-Poucet rêveur”.