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Le pape est législateur, justicier, docteur, censeur suprême. Il s’identifie à
l’Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises. Depuis les VIIIe
et IXe siècles, prince d’un Etat territorial (patrimoine de Saint-Pierre de
752-1870), il participe au grand mouvement de construction des Etats
territoriaux et en bénéficie directement.
Pour justifier, sans doute, a posteriori dans le déroulement historique de
l’Eglise, l’exégèse des quatre sens de l’Ecriture a étendu à l’évêque de
Rome, premier parmi tous les successeurs possibles de l’apôtre saint
Pierre, les paroles du Christ qui consacraient une prééminence évidente
de saint Pierre au sein du Collège des Apôtres (Matthieu, XVI, 18-191 ;
Luc, XXII, 32 ; Jean XXI, 15-17). Extension logique et cohérente de la
même manière que l’on peut y voir une corrélation avec les pouvoirs des
Etats naissants (complémentarité compensatoire), G. LEBRAS :
« L’ordre public avait des exigences…, la papauté, grandissant avec les
monarchies nationales, l’emportait en majesté comme en sécurité par
l’origine et l’étendue de sa puissance ».
C’est une corrélation capitale pour comprendre la crise du XIVe siècle
car ce phénomène de concentration des pouvoirs et des moyens au
sommet de l’institution ecclésiale risquait à tout moment de crever sous
les coups des princes qui voulaient s’accaparer chacun à leur profit le
prestige moral de la papauté, et leurs relations avec Rome étaient surtout
1 Matthieu 16:18-19La Bible du Semeur (BDS)
18
Et moi, je te déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise, contre
laquelle la mort elle-même ne pourra rien.
19
Je te donnerai les clés du *royaume des cieux: tous ceux que tu excluras sur la terre
auront été exclus aux yeux de Dieu et tous ceux que tu accueilleras sur la terre auront
été accueillis aux yeux de Dieu[a].
a. Matthieu 16:19: tout ce que tu interdiras sur la terre aura été interdit aux yeux de
Dieu et tout ce que tu permettras sur la terre aura été permis aux yeux de Dieu
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faites de sordides querelles à propos des taxes ecclésiastiques et de
l’octroi de bénéfices produit financier des hautes charges de l’Eglise :
archevêchés, évêchés, direction d’abbayes, etc).
Le danger qui perce : le morcellement de l’Eglise en Eglises nationales ;
il s’accomplit par la poussée de la réforme protestante du XVIe siècle,
mais il est visible dès que se déroulent les conciles de Bâle et de
Constance. A bien des égards, le début de la crise se situe durant le
schisme (1378-1417) Période de crise du catholicisme (XIVe-XVe siècle)
durant laquelle plusieurs papes rivaux (installés à Rome et à Avignon
notamment) ont simultanément dirigé l’Occident chrétien. Un schisme
qui a des allures d’incident, mais qui déchire la Chrétienté tandis que la
disproportion entre l’événement et ses conséquences révèle une crise de
structure : l’Eglise paie les conséquences d’une hypercentralisation.
2 Les Etats
Grande variété des formes institutionnelles du pouvoir :
Deux cas à part : héritage du bas-Empire romain, la papauté (monarchie
puissante) et le Saint-Empire (350 Etats, une Diète et 7 grands Electeurs).
La monarchie domine : France, Angleterre, Ecosse, Danemark, Suède,
Pologne, Naples, Sicile, Hongrie. Ces monarchies féodales nées au
Moyen-âge progressent dans le cadre d’une incarnation plus ou moins
prononcée des aspirations d’un groupe « national » avec lequel elles
tendent à se confondre.
Le système est le suivant en France, en Angleterre ou en Aragon et en
Castille : un roi (une dynastie), souverain chrétien consacré par l’Eglise à
la tête d’une longue chaîne de relations vassaliques qui unissent
seigneurs et dépendants. Il est de plus en plus le symbole de la justice
(Saint-Louis), jouit de pouvoirs étendus mais limités par l’indépendance
Le pape est législateur, justicier, docteur, censeur suprême. Il s’identifie à
l’Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises. Depuis les VIIIe
et IXe siècles, prince d’un Etat territorial (patrimoine de Saint-Pierre de
752-1870), il participe au grand mouvement de construction des Etats
territoriaux et en bénéficie directement.
Pour justifier, sans doute, a posteriori dans le déroulement historique de
l’Eglise, l’exégèse des quatre sens de l’Ecriture a étendu à l’évêque de
Rome, premier parmi tous les successeurs possibles de l’apôtre saint
Pierre, les paroles du Christ qui consacraient une prééminence évidente
de saint Pierre au sein du Collège des Apôtres (Matthieu, XVI, 18-191 ;
Luc, XXII, 32 ; Jean XXI, 15-17). Extension logique et cohérente de la
même manière que l’on peut y voir une corrélation avec les pouvoirs des
Etats naissants (complémentarité compensatoire), G. LEBRAS :
« L’ordre public avait des exigences…, la papauté, grandissant avec les
monarchies nationales, l’emportait en majesté comme en sécurité par
l’origine et l’étendue de sa puissance ».
C’est une corrélation capitale pour comprendre la crise du XIVe siècle
car ce phénomène de concentration des pouvoirs et des moyens au
sommet de l’institution ecclésiale risquait à tout moment de crever sous
les coups des princes qui voulaient s’accaparer chacun à leur profit le
prestige moral de la papauté, et leurs relations avec Rome étaient surtout
1 Matthieu 16:18-19La Bible du Semeur (BDS)
18
Et moi, je te déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise, contre
laquelle la mort elle-même ne pourra rien.
19
Je te donnerai les clés du *royaume des cieux: tous ceux que tu excluras sur la terre
auront été exclus aux yeux de Dieu et tous ceux que tu accueilleras sur la terre auront
été accueillis aux yeux de Dieu[a].
a. Matthieu 16:19: tout ce que tu interdiras sur la terre aura été interdit aux yeux de
Dieu et tout ce que tu permettras sur la terre aura été permis aux yeux de Dieu
, Page 2 sur 8
faites de sordides querelles à propos des taxes ecclésiastiques et de
l’octroi de bénéfices produit financier des hautes charges de l’Eglise :
archevêchés, évêchés, direction d’abbayes, etc).
Le danger qui perce : le morcellement de l’Eglise en Eglises nationales ;
il s’accomplit par la poussée de la réforme protestante du XVIe siècle,
mais il est visible dès que se déroulent les conciles de Bâle et de
Constance. A bien des égards, le début de la crise se situe durant le
schisme (1378-1417) Période de crise du catholicisme (XIVe-XVe siècle)
durant laquelle plusieurs papes rivaux (installés à Rome et à Avignon
notamment) ont simultanément dirigé l’Occident chrétien. Un schisme
qui a des allures d’incident, mais qui déchire la Chrétienté tandis que la
disproportion entre l’événement et ses conséquences révèle une crise de
structure : l’Eglise paie les conséquences d’une hypercentralisation.
2 Les Etats
Grande variété des formes institutionnelles du pouvoir :
Deux cas à part : héritage du bas-Empire romain, la papauté (monarchie
puissante) et le Saint-Empire (350 Etats, une Diète et 7 grands Electeurs).
La monarchie domine : France, Angleterre, Ecosse, Danemark, Suède,
Pologne, Naples, Sicile, Hongrie. Ces monarchies féodales nées au
Moyen-âge progressent dans le cadre d’une incarnation plus ou moins
prononcée des aspirations d’un groupe « national » avec lequel elles
tendent à se confondre.
Le système est le suivant en France, en Angleterre ou en Aragon et en
Castille : un roi (une dynastie), souverain chrétien consacré par l’Eglise à
la tête d’une longue chaîne de relations vassaliques qui unissent
seigneurs et dépendants. Il est de plus en plus le symbole de la justice
(Saint-Louis), jouit de pouvoirs étendus mais limités par l’indépendance