Diplôme du Brevet
Français – Partie 1
Durée : 1h10
Le document comporte :
- Un sujet original qui reprend les
attendus de l’épreuve
- Un corrigé détaillé
- Un barème adapté
- La possibilité de s’auto-évaluer
1
Marie Darras
, Document A : Texte
Fabrice, un jeune soldat, découvre pour la première fois un champ de bataille. Les impressions
du personnage sont décrites.
Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois la peur ne
venait chez lui qu'en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux
oreilles. L'escorte1 prit le galop; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au-
delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.
5 - Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards2 de l'escorte, et
d'abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu'en effet presque tous les cadavres
étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d'horreur ; il remarqua que
beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore, ils criaient évidemment pour
demander du secours, et personne ne s'arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain,
10 se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit
rouge. L'escorte s'arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d'attention à son devoir de soldat,
galopait toujours en regardant un malheureux blessé. [...]
Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était
remuée d'une façon singulière. Le fond des sillons était plein d'eau, et la terre fort humide, qui
15 formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de
haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la
gloire du maréchal3. Il entendit un cri sec auprès de lui : c'étaient deux hussards qui tombaient
atteints par des boulets ; et, lorsqu'il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l'escorte. Ce qui
lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en
20 engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans
la boue.
Ah ! m'y voilà donc enfin au feu4 ! se dit-il. J'ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction.
Me voici un vrai militaire. A ce moment, l'escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit
que c'étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du
25 côté d'où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie5 à une distance énorme,
et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait
entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n'y comprenait rien du tout.
Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839
1
Escorte : troupe militaire
2
Hussard : cavalier
3
Maréchal : titre militaire
4
Feu : champ de bataille
5
Batterie : ensemble de machine de guerre
2
Marie Darras