PHIL-B320 - Philosophie politique
Philosophie politique et Chaire Perelman I (Université Libre de Bruxelles)
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PHIL-B320 - Philosophie politique
0. Introduction : Les idées philosophiques et les concepts comme outils
Un texte ou un concept philosophique doit toujours être considérée dans sa nature
oppositionnelle (polémique), càd en ce qu’ils comprennent une charge de tension,
d’opposition ou de production d’un écart dont ils portent la trace. Néanmoins, cela veut dire
qu’ils ne sont pas autonomes ou indépendants, s’écartant de deux visions du concepts :
Comme totalité close autosuffisante. L’analyse philosophique ne se fait jamais depuis
le seul texte qui produit le concept en question. S’il est polémique, cela laisse entendre
qu’il n’est pas le reflet d’une vérité stable.
Comme reflet d’un extérieur du texte philosophique, càd un contexte. Le contexte
comme éclairant le concept peut être appréhender dans une vision marxiste qui veut
que les idées soient le simple reflet du social impliquant une analyse conceptuelle
fondée sur la lecture et l’observation du contexte prévalant à la production des
concepts.
Ceci peut induire une obéissance du concept au contexte avec l’oubli du fait
que le concept agit comme expression du contexte mais agit également contre
et le déplace.
Nous proposons d’aborder le concept comme une action, en ce qu’il joue contre, avec le
frottement de l’opposition. On réfléchit le concept depuis les fonctions qu’il joue.
0.1. La dépendance du concept à son usage
Si nous partons du fait que le concept agit contre, cela suppose que son sens est toujours dans
un rapport de dépendance et même d’immanence à son usage. Chez Wittgenstein, la question
du langage ne doit pas nous mener à rechercher son essence hors d’elle, mais plutôt comme se
jouant de manière immanente dans ses usages. Pour Skinner, un concept politique n’a de sens
que dans son usage.
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La tache philosophique, le questionnement du sens d’une proposition ne peut pas aller au-
delà de décrire les jeux de langage dont les règles sont toujours immanentes au langage en
question. La question du sens ne connait pas d’extériorité, elle s’inscrit dans une stricte
dépendance de l’usage dont est fait.
0.2. La mise en doute du langage comme description et la théorie du performatif
Un autre mouvement consiste à se débarrasser de toute conception positiviste pour mettre
en doute l’idée que le langage serait de nature descriptive ou représentative. La source majeur
de cette conception est la théorie du performatif d’Austin.
Il faut penser cette théorie à partir de ce dont il s’agit de se débarrasser, càd de l’illusion
descriptive qui consiste à croire que le langage est prioritairement descriptif.
A. Le langage comme description : le langage apophantique
Il faut comprendre le terme apophantique comme désignant le langage comme affirmatif
de quelque chose, il constate quelque chose, ou encore le langage comme composé de
propositions qui attribuent un prédicat à un sujet. On constate qu’Aristote, certes reconnait
l’existence d’autres formes de langage que l’apophantique, c’est-à-dire les propositions
descriptives, représentatives, mais établit aussi une hiérarchie en ce que les propositions
apophantiques demeurent les principales et surtout qu’elles concernent les secteurs les plus
nobles que la philosophie doit prendre en charge. C’est donc un geste de tri qui se produit et
qui assied une priorité au registre du constatif, du représentatif.
Cette conception est relativement commune, celle de propositions comme reflet de
réalités, d’un langage devant être vu comme un constat, une description. On peut dire que la
philosophie analytique maintient ce cap qui consiste à produire un tri entre des propositions
de nature constatives et celles qui sont autres, mais aussi laissant alors entendre que tout ce
dont il faut débarrasser la philosophie concerne les propositions qui sont le fruit de la
métaphysique qui ne sont que l’expression d’une confusion entre du descriptif et du
prescriptif, du souhait, de la prière...
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0.3. La théorie performative et la provenance de la charge performative
Opposition entre une conception du performatif (d’Austin) qui laisserait entendre que ce qui
assure la capacité des concepts à performer c’est le contexte (des conventions). Une telle
lecture brasse avec elle une série de problèmes qui correspondrait à un certain idéalisme, le
sujet aurait un rapport souverain avec lui-même. Exemple des insultes qui sont performatives,
elles font quelque chose (ici, elles blessent), le sujet souverain prend le mot qui blesse, s’en
sert et blesse. Le langage aurait toujours le même effet, au point que l’action que fait le mot
serait inscrite dans le mot lui-même. La seule manière de lutter contre ces insultes serait de les
interdire et il y a donc l’action de l’Etat (souverain). Une telle compréhension du langage
laisse entendre que le sens performatif du langage dépend des intentions du sujet souverain.
Chez Austin, une insulte sera toujours une insulte (par exemple, une insulte raciste ne peut pas
être utilisée pour dénoncer ce même raciste)
0.4. La critique de Derrida et la structure citationnelle
Pour Derrida et Butler, ce qui assurerait le performatif serait la structure citationnelle (ou
itérative). Ce qui assure la force agissante d’une proposition est sa répétition. Ce qui fait que
de la blessure peut être occasionné, c’est sa répétition. Ce qui fait qu’il y a du sens derrière un
mot, c’est le fait d’avoir été répété. Toute répétition est aussi changement, transformation,
déplacement, différence. Ici, un mot est utilisé plusieurs fois (répétition) et dans des contextes
différents (déplacement). On répète sans modèle premier, càd il n’y a pas d’intention premier.
Il n’y a pas d’origine, il n’y a pas de sens premier. Ce qui est premier c’est la différence. A
l’origine il y a déjà de la différence, il n’y a pas une idée première.
Le langage trouve son sens dans l’oralité, dans le dialogue. Il y a un idéal de présence.
L’oralité serait première, là où l’écriture serait dérivée. Derrida critique cette vision d’une
secondarité de l’écriture, en mettant l’accent sur l’écriture comme héritage.
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