Intro :
o Durant XVIIe siècle,
o Mme de La Fayette, une auteure à la croisée des mouvements précieux et classique, devient une
figure emblématique des salons mondains de l’époque. Elle s’intéresse dans ses romans à la
question de la passion amoureuse, qu’elle explore d’abord dans La Princesse de Montpensier
puis dans La Princesse de Clèves.
o Ce roman historique éponyme, considéré comme le premier roman d'analyse psychologique, est
publié anonymement en 1678 ; Madame de La Fayette y narre le destin tragique de
Mademoiselle de Chartres, devenue princesse de Clèves à la suite de son mariage avec Monsieur
de Clèves, un homme qu’elle respecte et estime mais pour qui elle n’éprouve aucun sentiment
amoureux.
o La princesse de Clèves combat sa passion pour le duc de Nemours mais dans la troisième partie
du roman, une nouvelle rencontre entre les deux personnages ravive cet amour qu’elle va
avouer à Monsieur de Clèves sous les yeux du Duc, en témoin caché. Suite à l’aveu se déroule
une scène pathétique qui pointe la souffrance immense du mari, qui derrière sa jalousie, exhorte
sa femme à révéler l’identité de cet amant caché.
o Pb : En quoi ce texte, sous la dignité héroïque du prince, point la souffrance d’un homme ?
o Mouvements :
● 1er : l’expression de l’affliction de Monsieur de Clèves (L1-L11)
● 2e : peinture d’une jalousie irrépressible (L11-L22)
Analyse 1er mouvement :
L1 : L’affliction de M de Clèves est exprimée dans ce premier mouvement, qui montre à quel point il
est éploré par cet aveu. Les verbes d'état "était demeuré” et “n’avait pas songé" l.1 et 2 soulignent
la sidération de M de Clèves qui sort progressivement de sa torpeur. Cet abattement est manifeste,
notamment avec la mention de la posture de l’homme par l’adjectif qualificatif "appuyée" l.1. L’on
pourrait s’attendre à la fureur de l’homme avec l’incise “hors de lui-même" et l’emploi du verbe
“jeter” l.2 qui pointe une certaine violence ; pourtant, c’est une dépossession du contrôle de ses
émotions qui frappe M de Clèves.
L4 : Dans les faits, il l’embrasse et la relève comme l’indique l’emploi du gérondif et participe
présent l.4
L3 : La dignité de sa réaction s’exprime notamment par l’emploi du qualificatif “admirable” double
de l’adverbe d'intensité “si”. L’hyperbole “mourir de douleur” qui suit rend finalement compte de
l'extrême confusion et choc que l’homme subit ; l’affliction est incommensurable, abyssale.
L’expression est alors une prolepse et annonce le futur dans une tournure prophétique,
annonciatrice de sa fin tragique.
L5 : L’on assiste alors à l’expression pathétique des sentiments du Prince au discours direct ; la
parole est fidèle et dévoile son trouble dans les mots. Les impératifs “ayez pitié" et “pardonnez” l.5
renvoient à la tonalité pathétique et prennent valeur de prière alors que M de Clèves se positionne
en victime, en faiblesse. La confusion syntaxique créé par l’anacoluthe "ayez-pitié de moi, vous-
même" l.5 est le reflet de la confusion du Prince.
L5-7 : La proposition subordonnée hypothétique “et pardonnez si” l.5 ouvre sur un jeu de miroir
entre lui et elle, marqué par l'antithèse entre les pronoms possessifs “la mienne” l.6 et “le vôtre" l.7.
L8 : La mise en exergue des mérites de sa femme accentue l’infériorité ressentie du prince : le
superlatif à la ligne 8 et le vocabulaire laudatif l’expriment. L'enchaînement des propos est tel que