Intro :
o Durant XVIIe siècle, Mme de La Fayette, une auteure à la croisée des mouvements précieux et
classique, devient une figure emblématique des salons mondains de l’époque. Elle s’intéresse
dans ses romans à la question de la passion amoureuse, qu’elle explore d’abord dans La
Princesse de Montpensier puis dans La Princesse de Clèves.
o Ce roman historique éponyme, considéré comme le premier roman d'analyse psychologique, est
publié anonymement en 1678 ; Madame de La Fayette y narre le destin tragique de
Mademoiselle de Chartres, devenue princesse de Clèves à la suite de son mariage avec Monsieur
de Clèves, un homme qu’elle respecte et estime mais pour qui elle n’éprouve aucun sentiment
amoureux.
o L’extrait étudié provient du premier tome du roman : c’est le portrait de Mlle de Chartres, qui
marque l’ouverture de l’intrigue après la présentation du cadre dans lequel elle va évoluer. Au-
delà du portrait lui-même, traite d’une manière propre à l'époque classique, Mme de Lafayette
utilise le personnage de Mme de Chartres, garante des principes moraux, pour faire de cette
apparition de l'héroïne une véritable “descente'' dans l'arène. Sont étudiés ici le caractère
exceptionnel du personnage ainsi que la préparation à la tragédie qui va suivre.
o Pb : Dans quelle mesure les raisons qui conduisent la Princesse à se retirer au couvent peuvent-
elles être lues dans ce portrait élogieux et original ?
o Mouvements :
● 1er : un portrait du registre épidictique de Mlle de Chartres (L1-L3)
● 2e : la description de la famille de la princesse et au contexte de ses origines (L3-L9)
● 3e : l'éducation de Mlle de Chartres et l’exemple de vertu que sa mère souhaite
qu’elle devienne à son tour (L9-L20)
Analyse 1er mouvement :
L1 : Tout d’abord, Mme de Lafayette livre un portrait élogieux de Mlle de Chartres, éloge qui est
multipliée par l’effet d’attente suscitant l'intérêt du lecteur. En effet, le retardement de son
apparition se manifeste par la formule impersonnelle “Il parut” à la première ligne : l’apparition est
idéalisée, divine, l'objectivité voulue par l'impersonnalité du propos renforce l'éloge dans une
dimension du conte merveilleux : on sait que cette entrée à la cour marque un tournant dans
l’histoire, notamment avec l’emploi de l’adverbe de temps “alors”.
La métonymie de la Princesse avec le substantif hyperbolique "beauté" la consacre d'emblée
comme une incarnation de celle-ci qui renforce doublement le prolongement du mystère de son
identité et son éloge.
L2-3 : Mlle de Chartres apparaît d’autant plus exceptionnelle qu’elle se fait remarquer dans le lieu
de la magnificence par excellence, la cour : la proposition subordonnée circonstancielle de cause
“puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles
personnes” l.2 et 3.
L2 : Le portrait de Mlle de Chartres demeure abstrait : aucune précision n’est donnée quant à ses
traits. Sa beauté est davantage suggérée que décrite : notamment avec l’emploi du groupe nominal
“une beauté parfaite”, le portrait ne tend pas au réalisme et Mme de Lafayette fait imaginer par
touches successives une beauté idéale qui fait rêver le lecteur.
Conclusion 1er mouvement : Ainsi, la surenchère de procédés hyperboliques, l’abstraction du
portrait et l’art de la suggestion participent à l'idéalisation de la Princesse de Clèves.
Transition vers 2e mouvement : Le 2eme mouvement est consacré à la description de la famille de
la princesse et au contexte de ses origines.