Intro :
Chateaubriand, précurseur du romantisme écrit dans ses Mémoires d'outre-tombe « mon
berceau a de ma tombe, ma tombe a de mon berceau », ce que Victor Hugo illustre dans son
recueil de poèmes Les Contemplations.
Chef de file du mouvement romantique français, Victor Hugo à la fois poète, dramaturge et
romancier donne la primauté aux sentiments, aux émotions et à la nature. Tout au long du 19ème
siècle, marqué par de nombreux bouleversements politiques appelés le mal du siècle, il s’illustre
aussi dans l’opposition à Napoléon III avec son recueil Les Châtiments. Victor Hugo ira jusqu’à
s’exiler à Guernesey où il publie en 1856 Les Contemplations qui peignent un quart de siècle de la
vie d’un homme en 2 grandes parties, « Autrefois » et « Aujourd’hui », séparées par le tombeau de
sa fille Léopoldine.
On se demande …
Thèmes majeurs par livre :
o Aurore : jeunesse de VH, enfance, premiers émois amoureux : Lise, Vieille chanson du jeune
temps
o Ame en fleur : amour, amour de jeunesse, fragilité de la vie et de l’amour : Aimons toujours
aimons encore, Crépuscule, Saturne
o Les luttes et les rêves : difficulté de l’âge adulte, combat contre la misère, la tyrannie et la
guerre : Melancholia, ? (avec ce titre particulier, VH met l'accent sur l'attitude d'incrédulité
face à la montée des injustices)
o Pauca Meae : le deuil, la douleur, le souvenir : Demain dès l’aube, Ô souvenirs…
Thèmes/idées à aborder :
o Victor Hugo fait partie du mouvement littéraire de la première moitié du 19e siècle, le
romantisme qui donne la primauté aux sentiments, aux émotions et à la nature. Ce siècle est
marqué par de nombreux bouleversements politiques qui transforment la société française
(Restauration, Révolution de 1848, arrivée au pouvoir de Napoléon III) : c'est le mal du siècle.
o Le recueil est une mise en scène pour que le lecteur prenne conscience de la difficulté du deuil
et des différentes étapes. V.H essaye de révéler ses souvenirs tels qu'il les a vécus. En effet,
les dates et lieux sont précisés, mais pas toujours vrais. Ainsi, le recueil ressemble à un journal
intime.
Dans Pauca meae, 6 des 17 poèmes ont une date d'écriture modifiée, Hugo veut
réécrire le passé en le passant sous le signe du deuil.
o Le recueil est constitué de 2 parties équilibrées autrefois et aujourd’hui, qui forment un effet
de miroir.
o Les audaces de la versification chez Hugo sont surtout métriques et rythmiques. Ainsi le
rythme ternaire devient fréquent (cf. trimètre romantique) et les enjambements se
multiplient.
o Le 4 septembre 1843 prend place la mort de Léopoldine, représentée entre les poèmes 2 et 3
de la IVe partie par une ligne de points (Poétique de la page).
Le recueil donne l'impression que Victor Hugo ne réécrit pas. Avant 3 ans après ce
deuil. Cependant, en 1845, il publie Les Misérables. C'est donc seulement le deuil
poétique qui se fait en silence, possiblement car la poésie est trop sensible, trop intime.
Les Contemplations racontent donc l'histoire d'un deuil mais aussi d'une renaissance
poétique surtout « Pauca meae » qui signifie « quelques vers à ma fille ».
La date du 4 septembre est récurrente, elle structure le recueil. La date de ce décès est
le pivot du recueil et marque une fracture dans la vie de l'auteur. Ainsi, le deuil colore
l'œuvre.
« Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d'un mort. » (Préface)
o L'importance de la nature, cet "orchestre divin" (27, I),
"Autour de nous la nature se change / En une lyre et chante nos amours." (28, II)
, La complicité profonde du poète avec la nature : « Arbres de la forêt, vous connaissez
mon âme ! » (III, 24)
La nature est une véritable source d'inspiration pour le poète. Dans la partie autrefois, il
s'agit d'une nature calme, sereine, joyeuse, souvent printanière. Hugo explore la beauté
du monde, minéral, végétal, animal, pour en montrer sa pureté et sa poésie, comme
dans « les oiseaux ». Même le crépuscule, généralement symbole de mélancolie ou de
regret, est porteur d'espoir, comme dans « hier au soir ». Le poète perçoit en effet l'unité
de la nature, comme le montre le poème « unité » dans lequel la « marguerite » se fait le
miroir du soleil.
La vision que Hugo propose de la nature est toujours positive : un « champ, de rameaux
verts et de petits oiseaux : Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté » : Hugo
décrit un paysage idyllique via une accumulation de termes positifs qui montre les vertus
que le poète prête à la nature.
« Le parfum de la fleur est votre petite âme/ Et l’âme de la femme est votre grand
parfum » (II, 17) Nature est un lieu propice au jeux amoureux comme cette citation le
montre en une harmonie parfaite que souligne le chiasme.
o L'importance de la religion
Les Contemplations ont aussi un sens mystique ; dès sa préface, Victor Hugo annonce
vouloir « contempler Dieu ». Le poète est ainsi connecté au divin.
Les fleurs, [...]
sont les conseils que Dieu sème sur le chemin ;
C’est l’âme qui doit les cueillir et non la main. » (III, 8).
Le poète s'interroge sur les destins humains, le sens de la mort, il partage ses doutes et
son désespoir suite au décès de sa fille.
Il retrouve l'espérance grâce à sa foi et au réconfort de la nature ce qui est
particulièrement visible dans « Pauca Meae » où Léopoldine survit à la mort en devenant
« ange » ou « étoile ».
Hugo ne s’inscrit pas dans le catholicisme de sa mère, il se montre hostile à l’Église qu’il
juge autoritaire et capable d’accepter des injustices humaines
Il construit une foi personnelle
Volonté de faire fusionner toutes les philosophies et croyances
Dieu de Hugo semble parfois se confondre avec l’univers tout entier
Témoigne d’un attachement à la figure du Christ notament dans « Vous qui pleurez,
venez à ce Dieu, car il pleure. / Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit » ( «Écrit au
bas d’un crucifix », III, 4) alexandrins font écho à la mise à mort de Christ raconté dans le
Nouveau Testament.
Les souffrances endurées par le fils de Dieu font écho au sentiment d’exclusion dont
souffre le poète
Hugo ne cesse de s’adresser à Dieu
Hugo place un appel à Dieu dans la bouche des enfants qui travaillent « Notre père voyez
ce que nous font les hommes ! » (« Mélancholia, III)
Hugo y rappel que le corps humain est l’œuvre de Dieu, l’user par le travail est donc une
manière d’abîmer la création divine
o Le recueil illustre-t-il la fuite du temps ? tout particulièrement dans les poèmes consacrés à
l’enfance de Léopoldine ?
« Le poète se complaît dans des évocations de Léopoldine enfant qui parfois se répètent.
L’objectif est de retrouver ces moments de bonheur par l’écriture. La tonalité est alors
pathétique car elle distille la nostalgie de ce qui n’est plus. » (Laure Blanc-Halévy)
o Mémoires d'une âme éplorée : L'épreuve du deuil
La préface des Contemplations annonce qu'il s'agit du "livre d'un mort". En quoi peut-on
dire qu'Hugo est un nouvel Orphée ? « J'entends ce qu'Orphée entendit » (27, I). La
figure d'Orphée est maintes fois évoquée. ("[J]e regarde en arrière" 12, IV)
Le deuil est rendu supportable par l'évocation des souvenirs heureux de l'harmonie
familiale passée comme dans « Ô souvenir… ».
Le substantif « deuil » revient 74 fois au cours du recueil.
o Mémoires de l’âme d’un poète
"Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;" (2, I)