74, Livre VIII : « De la Cour », Les caractères (1688-1696)
Introduction
La Bruyère est un moraliste du XVIIème siècle célèbre pour son œuvre Les caractères ou les Mœurs de ce siècle,
publié entre 1688 et 1696. Cet ouvrage typique du classicisme, met en avant un style concis et travaillé, efficace
et plaisant, et vise à instruire son lecteur sur les vices de la société en vue de les corriger. LB a en effet beaucoup
observé les seigneurs du 17ème siècle. Il a été témoin de cette « comédie humaine ».
Extrait du chapitre VIII des Caractères, intitulé « De la Cour », le passage donné ici, qui constitue une unité, est
consacré à la présentation d'une « région » insolite, aux mœurs étranges, dont le narrateur semble avoir
entendu parler, sans la connaître vraiment. Le texte repose en effet sur l'utilisation du « regard étranger », qui
joue sur les apparences, brouille l'énonciation et feint de ne pas pouvoir définir par leur vrai nom les réalités
décrites. L'effet, dépaysant, permet au lecteur de voir d'une autre manière ce qu'il connaît déjà sans doute.
LECTURE
- Projet de lecture : Comment LB, en adoptant le point de vue d’un voyageur étranger pousse le
lecteur à un regard critique sur la cour au XVIIème siècle ?
Composition :
I) L 1 – 9 LB présente le regard d’un étranger choqué par la débauche des jeunes gens
L1-2 : Début comme dans un conte « l’on parle d’une région où » : lieu indéfini, presque imaginiare.
Pronom indéfini « on » = narrateur extérieur au récit.
Antithèse avec les jeunes malpolis et les vieillards polis (présentés de manière élogieuse). Enumérations
d’adjectifs mélioratifs pour les personnes âgés qui insistent sur le caractère civilisé (civils vient du latin
« civis »=citoyen et même famille que « civitas » = cité - « polis » vient du grec « polis » = cité)
Puis parallélisme de construction pour l’énumération dépréciative des adj qualifiant les jeunes : négation
de « politesse » et « féroces » vient du latin « ferus »= bête sauvage ».
L3-4 : Le narrateur continue de raconter leurs manières d’être avec un regard encore extérieur : « ils ». Le
présent d’habitude « ils préfèrent » présente encore une fois ces gens comme un peuple nouveau et
étrange dont on fait la description comme dans un documentaire animalier.
Les hommes de la cour sont plus intéressés par les autres hommes ou l’adultère que par les femmes : le
terme « affranchis » n’est pas positif ici mais montre la licence sans morale + accumulation avec champ
lexical du repas et de l’amour burlesque + Tonalité satirique avec l’adjectif « ridicule ».
L5-6 : « celui-là… qui… » : la formule présentative crée un effet de surprise avec l’antithèse « sobre et
modéré »/ « s’enivre ». La surprise est accentuée par la négation restrictive « ne…que » qui est une
restriction surprenante (« que de vin ») . Le ch lexical de l’alcool envahit la phrase car ils passent leur temps
à être souls. On a donc une image très péjorative soulignée par l’adverbe « trop » de ces jeunes-gens, une
véritable satire.
L7-8 : l’excès est souligné encore par le superlatif « ls plus violentes » + « toutes les liqueurs »
L’antithèse « réveiller »/ »éteint », soulignée par l’adverbe « déjà » montre l’état de « débauche » dans
lequel ils sont tombés.
La négation restrictive « ne …que » montre à quelle extrémité ils sont arrivés.