Cahiers de Douai - Arthur Rimbaud
Parcours associé : Émancipations créatrices
La poésie du XIXème et du XXème siècle
SOMMAIRE :
I- LA FICHE PROFIL …………………………………………………………………………………………… 2
II- LA COMPOSITION DU RECUEIL ……………………………………………………………………..….14
III- QUI EST ARTHUR RIMBAUD ? ………………………………………………………………………… 17
IV- LE CONTEXTE HISTORIQUE …………………………………………………………………………….. 19
V- LE CONTEXTE LITTERAIRE …………………………………………………………………………...... 21
VI- DES POEMES DE LA REVOLTE …………………………………………………………………………. 26
VII- LA LIBERTE DE TON ………………………………………….…………………………………………... 29
VIII- TRADITIONS ET RENOUVELLEMENT DES FORMES …………………………………….………... 31
IX- UNE AUTRE CONCEPTION DE LA POESIE ……………………………………………………….... 33
X- CITATIONS GENERALES ………………………………………………………………………………... 35
XI- REMISES EN CAUSE ET EMANCIPATIONS ……………………………………………………….... 38
XII- TRAVAIL SUR LA LANGUE ET CREATION D ’UN MONDE ………………………………………... 40
XIII- RECAPITULATIF AUTOUR DES CAHIERS DE DOUAI ……….…………………………………... 42
XIV- EXEMPLES DE SUJETS DE DISSERTATION ……………………………………………….………... 44
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, I- Fiche Profil
Les Cahiers de Douai contiennent des poèmes écrits par Rimbaud à quinze et seize
ans. Il y exprime sa haine du patriotisme, du militarisme, de la religion et de la
bourgeoisie. Célébrant à l’inverse la nature, le plaisir et la liberté, il fait de la poésie le
lieu d’une véritable émancipation créatrice.
I- Composition du recueil1
A- Le premier cahier
• Les deux premiers poèmes célèbrent une sensualité libre et les deux suivants une
liberté politique, celle du peuple qui s’affranchit de la monarchie, ou de l’humanité
qui se libère du christianisme.
• Quatre poèmes proposent ensuite une réécriture de personnages célèbres :
l’Ophélie de Shakespeare, les pendus de Villon, le Tartuffe de Molière et la Vénus de
Botticelli.
• Parmi les quatre poèmes suivants, trois opposent la bourgeoisie, férocement
ridiculisée, aux élans amoureux du poète.
• Les trois derniers poèmes, des sonnets, étrillent la guerre et le patriotisme.
À NOTER : « Les Effarés » montre l’envers de la société bourgeoise en peignant des
enfants misérables et affamés.
B- Le second cahier
• « Rêvé pour l’hiver » reprend le thème de la relation amoureuse polissonne et « Le
Dormeur du val » la veine antimilitariste.
• Les trois sonnets suivants font allusion à Charleroi, où Rimbaud fugue en
octobre 1870.
• L’avant-dernier poème, à part, décrit un buffet plein de souvenirs. Enfin, « Ma
Bohême » reprend la figure du poète fugueur, en quête d’amour et de liberté.
1.
L’ordre des textes est celui de la première édition des Poésies de Rimbaud. Cet ordre est le
suivant. Premier cahier : Première soirée – Sensation – Le Forgeron – Soleil et chair – Ophélie –
Bal des pendus – Le Châtiment de Tartufe – Venus Anadyomène – Les Reparties de Nina – À la
musique – Les Effarés – Roman – Morts de Quatre-vingt-douze – Le Mal – Rages de Césars.
Second cahier : Rêvé pour l’hiver – Le Dormeur du val – Au Cabaret-Vert – La Maline – L’Éclatante
Victoire de Sarrebrück – Le Buffet – Ma Bohême.
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, II- Les thèmes de l’œuvre
Cette partie demeure très détaillée, avec de nombreuses citations... Les idées principales seront reprises dans les
fiches suivantes, où des citations plus précises et utilisables dans des cas plus vastes seront présentées… Toutefois,
cela permet de découvrir dans une certaine globalité les intentions du poète lors de l’écritures de ces poèmes…
A. Premiers émois amoureux
Dans notre recueil, la première expression poétique passe à travers… les baisers. «
Première soirée » s’appelait d’ailleurs d’abord « Comédie en trois baiser » où dans ce
poème les baisers remplacent les répliques des personnages.
Alors que dans « Les Réparties de Nina », Nina ne répond aux baisers du poète que par
des éclats de rire. Chez Rimbaud, la naïveté de l’amour est souvent ainsi menacée par
la dérision.
Dans « À la musique », le poète se tient à l’écart de la fanfare militaire, admire les jeunes
filles et « ne dit pas un mot » mais « des baisers lui viennent aux lèvres ». Cette poésie des
baisers serait alors la véritable musique célébrée par le titre…
De même dans « Roman », l’éloignement de la ville produit une ivresse qui fait monter
aux lèvres… certainement, les vers d’un poème…
« Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser.
Qui palpite là, comme une petite bête... »
On retrouve d’ailleurs cette petite bête dans le wagon rose de « Rêvé pour l’hiver » :
« Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
— Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
— Qui voyage beaucoup… »
Cette petite bête qui vagabonde : ce n’est donc pas qu’un baiser, c’est le wagon rose,
le poète en fugue, les rimes qui s’égrènent, une invitation à la poésie et au voyage…
Dans « La Maline », la servante se comporte étrangement, et pour obtenir un baiser dit
avoir pris « une froid sur la joue ». Pas besoin d’une ruse complexe, un simple détour
suffit. La poésie est une fausse énigme dont la réponse est un baiser.
Dans « Soleil et chair » le baiser est inspiré par Vénus, grande force d’amour qui traverse
le Nature et que le poète tutoie :
« Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
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, L’Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d’un immense baiser ! »
Pan, dieu antique de la Nature, est une figure du poète, qui arrondit ses lèvres pour
jouer de la flûte de pan, du syrinx :
« Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante. » (Soleil et Chair)
B. Mystique de la Nature
Derrière les émois amoureux se cache donc un grand amour, plus profond, l'amour
infini de la Nature, que le poète trouve en fuguant… Dans « Sensation » par exemple » :
« Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme. »
Et en effet, une femme, une poétesse hante le recueil des Cahiers de Douai : Ophélie,
personnage du Hamlet de Shakespeare, est bouleversée par le chant de la Nature.
« C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits. »
Cette mystique de la Nature s’oppose alors aux religions qui sont au service d’un
pouvoir injuste, de la violence et de la guerre. Ce qui s’oppose à cette Nature sainte,
est « Le Mal » aux yeux de Rimbaud.
« Tandis qu’une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !… »
Rimbaud, en fugue pendant la guerre franco-prussienne, a-t-il croisé des cadavres ? Son
« Dormeur du val » illustre bien cette horreur contre-Nature : le « soldat jeune », au lieu de
grandir, devient enfant, puis nourrisson bercé par la Nature.
C. Voyage et errance
Dans Les Cahiers de Douai, le poète s’éloigne progressivement de la ville. Dans «
Roman », la promenade des tilleuls est encore trop proche de la ville pour offrir une
véritable ivresse.
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