Explication linéaire (Poèmes à Lou, poème 23)
(Accroche: “Qui donc saura jamais que de fois j’ai pleuré ma génération sur ton trépas sacré” des “Calligrammes”)
Intro
L’extrait étudié est écrit par Guillaume Apollinaire, poète du XXème siècle d’origine polonaise. Engagé volontairement
dans la IGM malgré son dégoût pour les armes, il y voit un remerciement envers la France pour lui avoir donné la
langue française. Juste avant son départ pour la guerre, il tombe amoureux d’une certaine Lou qui devient sa
maîtresse et à qui il dédie son recueil “Poèmes à Lou” dont est extrait ce poème 23 et qui représente les lettres que
lui a envoyées Apollinaire pendant la guerre de position. Il y a créé une nouvelle forme poétique: la lettre-poème.
Problématique
En quoi l’écriture d’Apollinaire ressemble-t-elle à celle de Baudelaire dans la mesure où elle transforme non pas la
boue des villes, mais la boue des tranchées en matériaux poétiques à travers la création de la forme originale de la
lettre-poème?
Plan
1e mvmnt: strophe 1: description du champ de bataille et évocation du quotidien de soldat
2e mvmnt: célèbration de la femme aimée parallèlement à la déploration de la précarité de son amour et l’existance
humaine en général
Mouvement 1: champs bataille/quotidien soldat
on retrouve les “codes” de l'écriture épistolaire + typographie: en haut à droite situation géographique et datation
2 strophes carrées (12 alexandrins) et 1 quatrain et même “Mourmelon le Grand, 6 avril 1905” → est un alexandrin
la prosodie imite la prose de la lettre, mais structure d’un poème → forme hybride entre lettre et poème
d'emblée poème prend dimension narrative + informative: A done info sur son quotidien dans tranchées
dimension informative:
- CCL “dans les tranchées" → info précise sur endroit où il se trouve
- indication très précise “12 km” qui étonne dans poème → fait réf à l’alexandrin
- “mon manteau couleur d’horizon” → réf à la couleur des uniformes des soldats français
“je descendrai tandis qu’éclatent les marmites…” → allitération en t et d → jeux sur sonorités mime fracas des obus
“marmites” → désigne obus, familier, jargon de la soldatesque
- “train s'arrêtait à mourmelon le petit” → toponyme qui fait écho à celui dans adresse initiale
- “nous irons tout à l’heure à notre batterie/en ce moment je suis parmi l’infanterie” → description journée
soldats
⇒ première partie du poème témoigne d’un objectif informatif: champ lexical de la guerre omniprésent “tranchées,
canons, marmites, soldats, batterie, infanterie, obus…”
⇒ transforme guerre avec son horreur en objet poétique
“le ciel gris du nord” → expérience de tous les soldats pendant IGM car front situé au Nord avec ce climat
“personne cependant n'envisage la mort” → conscience aiguë de mort qui guette soldats que personne ne souhaite
Mouvement 2: femme aimée et précarité de l’amour
“Et nous vivrons ainsi sur les premières lignes” → “et” syntaxiquement inutile, mais donne élan au lyrisme qui
prédomine 2e mvmnt poème
premiers vers de 2e strophe: genre classique du blason (=poème qui fait l’éloge du corps de la femme):
blason car passe en revue diff parties du corps de la femme “bras/seins/yeux”
→ comparaison “tes bras comme les cols des signes” → poète fait ref à douceur, blancheur des bras femme aimée
“cygnes” → animal muet qui chante uniquement avant sa mort (chant de sa propre agonie → agonie du poète sur le
champ de bataille) effet renforcé par anaphore “j’y chanterai”
v. futur “chanterai” → determination de continuer à celebrer femme aimée même sur champ de bataille →
pathetique
assonance en “e” → gracieux, intensifie éloge femme
oxymore/apostr “ô printemps sérieux" (car printemps lié à vie/désir) → transition 2e partie strophe → ton élégiaque
poésie se nourrit de l'expérience partagée tous soldats de IGM → guerre transformée en objet poétique = alchimie