Étude suivie du Gorgias
I. Socrate et Gorgias
II. Socrate et Polos
III. Socrate et Callicles
I. Qu'est-ce que la rhétorique ? Dialogue avec Gorgias
Socrate commence par demander à Gorgias comment il se définit. Gorgias
répond comme un orateur et un bon orateur. Socrate lui dit alors que s'il peut
transmettre les qualités d'un bon orateur, c'est parce qu'il peut définir la
rhétorique.
Socrate : Eh bien, voyons. Donc, toi, qui connais l'art rhétorique, tu prétends en
outre pouvoir former un orateur. - Mais la rhétorique ? Sur quoi porte-t-elle ?
Quel est son objet ? Par exemple, le tissage, lui, est en rapport avec la
confection des vêtements, n'est-ce pas ?
Gorgias est d'accord que l'art se définit par son savoir. Il précise alors que l'objet
de la rhétorique est le discours. Mais quel genre de discours? Cela n'est pas
celui du médecin qui fonde son discours sur sa connaissance des maladies et sa
rencontre avec les malade.
Contrairement au médecin mais aussi aux mathématiciens, fondant leur
discours sur la connaissance des calculs, Gorgias précise que le discours est
l'élément exclusif de la rhétorique. La rhétorique se déploie dans le seul registre
du langage. En cela, elle ressemble à la philosophie. Tout l'enjeu pour Socrate
est de montrer que cette ressemblance dissimule en vérité une différence
radicale.
→ Un des enjeux principal du dialogue le Gorgias est d'établir des distinctions
objectives entre la rhétorique pratiquée par les Sophistes et la dialectique
proposée par Socrate comme processus d'accès aux connaissances
philosophiques. Pour Socrate, c'est l'amour de la vérité qui anime le langage
philosophique tandis que c'est le désir du pouvoir et de la richesse qui anime
, celui du Sophiste.
Socrate reprécise les étapes de l'enquête consistant à atteindre la définition de la
rhétorique : les arts manuels fabriquent de la matière, ils n'ont donc pas besoin
de discours (450d) Mais la distinction conceptuelle est insuffisante, car il y a
d'autres arts qui s'accomplissent par la parole mais qui ne relèvent pas de la
rhétorique comme « l'arithmétique, le calcul, la géométrie - oui, et aussi des
jeux de pions » (correspondant à des jeux de logique) (451a) Le calcul porte sur
les nombres. Mais sur quoi porte la rhétorique ?
On comprend ici que Socrate ne cherche pas à définir subjectivement la
rhétorique. Il ne s'agit pas de dire ce qu'est la rhétorique pour moi ou pour toi
mais de dire ce qu'elle est en soi, du point de vue d'elle- même tout comme on
peut affirmer objectivement que l'arithmétique porte sur les nombres et les
calculs. Autrement dit, il cherche une définition objective de la rhétorique qui
exclut par elle-même les confusions et les fausses identifications.
Gorgias propose alors de definir plus avant la rhétorique :
Socrate : En ce cas, dis-le, sur quel objet porte-t-elle ? Sur quel objet portent
les discours dont la rhétorique se sert ?
Gorgias : Sur les plus importantes des choses humaines, Socrate, et les
meilleures (451d)
Mais si on dit que la santé relève des meilleures choses pour le corps, alors la
rhétorique doit savoir parler de la santé. Mais dans ce cas, n'est-ce pas au
médecin d'en parler ? Et si on parle de la santé du corps comme belle maîtrise
de son moi corporel, alors c'est au professeur de gymnastique d'en parler et si
on parle de la richesse, alors c'est à l'homme d'affaires de le faire. De « quelle
meilleure chose » humaine parle donc la rhétorique ?
Socrate : Voilà, Gorgias, fais comme si tu étais interrogé à la fois par eux et par
moi. Réponds-nous, dis-nous quel est ce bien, que toi, tu sais produire et dont tu
prétends qu'il est pour tous les hommes le bien suprême. (452d)
Le bien suprême pour Gorgias est 1) la liberté - la rhétorique la donne aux
hommes qui la possèdent 2) le principe du commandement que chaque
individu, dans sa propre cité, exerce sur autrui - la rhétorique donne des
techniques de persuasion (452d)