PISTES DE REFLEXION
METHODOLOGIE DE LA DISSERTATION
« On ne pense, on ne parle avec force que du fond de son tombeau : c'est là qu'il
faut se placer, c'est de là qu'il faut s'adresser aux hommes » écrit Diderot dans
son Essai sur les règnes de Claude et de Néron en 1782.
Qu'en pensez-vous ?
METHODE : des exemples de problématiques :
1. Comment l'auteur peut-il, sincèrement, parler aux hommes ?
2. La mort de l'auteur fait-elle vraiment vivre son œuvre ?.
3. Comment l'auteur parle-t-il au lecteur ?
4. L'écriture, à partir du moment où elle va être lue, doit-elle puiser
exclusivement sa force dans le repli sur soi, voire dans le rejet du monde, ou
bien ne peut-elle pas au contraire puiser sa force dans le monde, dans la vie?
5. Qu'est-ce que ce tombeau profond, et que représente-t-il pour l'auteur et le
lecteur ?
6. Nous pouvons nous demander si la parole de l'auteur, même absent, ne
constituerait pas avec la présence du lecteur qui reçoit cette parole pleine de «
force », une entièreté capable de passer au-dessus de cette mort. Il ne s'agirait
plus d'une parole de l'auteur au lecteur mais d'une dialogue entre les deux.
7. Nous pouvons alors nous demander si la « force » de la littérature ne peut se
penser que dans cette distanciation entre l'auteur et les lecteurs, qui apparaît
nécessaire dans la citation de Diderot.
8. Comment l'auteur s'adresse-t-il aux hommes à travers le temps et au-delà de
la mort qui le pousse à sauver les choses que le temps efface ?
9. Nous verrons donc dans quelle mesure l'auteur inscrit son empreinte dans son
œuvre, mais aussi comment l'œuvre, pour être efficace, doit pouvoir se détacher
des intentions de l'auteur.
10. Comment définir donc la notion d'auteur par rapport à sa position, que ce
soit au sens propre, soit sa position par rapport aux hommes, à lui-même et à la
, société, ou au sens figuré, soit son point de
vue ?
11. L'absence de l'auteur fait-elle la littérarité de l'œuvre ?
Des exemples d’introductions :
A. Nous nous demanderons dans quelle mesure le tombeau serait le lieu
idéal pour penser et parler, et donc pour écrire (en considérant que la pensée
et/ou la parole se déploie dans l'écriture) « avec force ».
Nous verrons, d'une part, que le tombeau est donné à voir comme élan vital et
créateur, d'autre part nous nous intéresserons au contraire à l'anémie (l'inverse
de la force) qui le définit, et dans un dernier temps nous considérerons la
littérature comme un tombeau elle-même.
B. Ainsi, les écrivains seraient moralement tenus de prendre du recul sur
le monde, quitte à en souffrir, e* le réfléchir pour ainsi pouvoir écrire avec
justesse et atteindre les hommes. Mais la valeur de l'œuvre littéraire ne
dépendrait-elle alors que de la rigueur morale de l'auteur ? N'y aurait-il pas de
littérature immorale ? Les écrivains auraient-ils nécessairement besoin de ce «
tombeau » pour écrire moralement, avec recul ? Il s'agit en fait de se demander
dans quelle mesure les écrivains sont obligés moralement an monde. Pour
Diderot, le devoir moral des écrivains serait de penser et de s'adresser aux
hommes avec force. Mais peut-être la valeur de la littérature ne tient pas à ce
qu'elle est morale mais à ce qu'elle plaît ?
La littérature serait donc efficace dans le traitement de ces sujets justement
parce qu'elle permet à l'écrivain d'atteindre ses lecteurs.
C. Ainsi, quel sens accorder à cette « force » de pensées et de paroles, qui
ne pourrait s'acquérir et se communiquer que dans une solitude mortelle et
inquiétante ?
Nous savons que cette « force » serait acquise par nos paroles et nos pensées
pendant que nous serions dans une solitude mortelle ou encore inquiétante.
Cependant des paroles et des pensées de la même envergure peuvent résulter
d'un contact avec les « hommes ». En réalité, peut-être qu'il ne serait pas
vraiment possible de définir et d'établir un moment et un lieu propice à
l'acquisition d'une autorité, et de pensées et de paroles fortes que l'on adresserait
aux hommes.