Agrégation Lettres Modernes 2026
Winfried Georg Sebald — Vertiges
Présentation générale
Vertiges est composé de quatre récits distincts, reliés par des obsessions communes (la
maladie nerveuse ou la sensibilité au vertige, la marche comme geste de mémoire,
l’errance culturelle en Italie et en Europe centrale). Les parties s’intitulent (selon les
versions) : « Beyle, or Love is a Madness Most Discreet » (sur Stendhal/Beyle), «
All’estero », « Dr K Takes the Waters at Riva » (sur Kafka) et « Il ritorno in patria » (le
retour au pays natal). Le narrateur, souvent anonyme, endosse tour à tour la casquette du
passeur d’archives et du promeneur contemplatif : il rapporte rencontres et documents,
confie ses rêves, et lit les vies d’autrui comme des miroirs de la sienne.
L’œuvre joue du flou entre fiction et essai : biographies courtes d’auteurs connus
voisinent avec épisodes apparemment autobiographiques (voyages, rencontres) et avec de
courtes digressions — échos d’images et d’archives photographiques — qui saturent le
texte d’une matérialité visuelle.
Résumé détaillé
1) « Beyle, or Love is a Madness Most Discreet »
La première partie s’ouvre sous la forme la plus apparemment conventionnelle du livre :
une courte biographie de Henri Beyle (Stendhal). Sebald y reprend des éléments
biographiques connus — la jeunesse, le service dans les armées napoléoniennes,
, l’installation ultérieure en Italie — mais il opère aussi une lecture subjective et
conjecturale de ces données. Plutôt que de proposer une biographie exhaustive, le texte
accentue les scènes et les impressions qui incarnent la « fièvre » propre à Beyle : l’ivresse
des paysages italiens, la passion amoureuse décrite dans De l’amour et l’instabilité
nerveuse qui confine au vertige.
Sebald s’attarde sur épisodes précis tels que les séjours milanais et vénitiens et met en
scène une conversation (avec une Mme Gherardi) où surgit, de manière inattendue,
l’image d’un bateau qui débarque une civière — image dont la provenance (la nouvelle
de Kafka, « Le chasseur Gracchus ») ne sera révélée que plus loin dans le volume. Ce
déplacement d’une image entre auteurs et époques montre la stratégie centrale de Sebald :
faire résonner des fragments littéraires comme des signes circulant d’un récit à l’autre.
Le récit sur Beyle décrit aussi sa manière d’écrire sur l’amour (son mélange de lucidité et
d’exaltation), et laisse entendre que le « vertige » ne se limite pas à une sensation
physique mais constitue un état moral et esthétique — un effet produit par le contact avec
certaines œuvres, certains visages et certains lieux. Sebald juxtapose des données
factuelles et des hypothèses interprétatives, laissant largement à la voix du narrateur le
soin de combler les blancs.
2) « All’estero »
La deuxième partie est la plus longue et la plus mouvante : elle se présente comme le
récit de deux voyages du narrateur en Italie (Sebald situe ces déplacements en 1980 et en
1987). Le récit commence par un épisode viennois puis se poursuit à Venise, Vérone et
dans d’autres villes alpines, et articule impressions de voyage, rencontres et digressions
érudites.
Plusieurs scènes précises structurent le récit : la visite qu’effectue le narrateur à Ernst
Herbeck (poète interné) — rencontre qui ouvre la section et montre l’intérêt de Sebald
pour les figures de la marginalité et de l’art « outsider » ; des rêves et visions (notamment
un songe rappelant un tableau de Tiepolo évoquant Este) ; des épisodes empruntés ou
rappelant la vie de Casanova ; et des rencontres avec des journalistes, des anciens et des
Winfried Georg Sebald — Vertiges
Présentation générale
Vertiges est composé de quatre récits distincts, reliés par des obsessions communes (la
maladie nerveuse ou la sensibilité au vertige, la marche comme geste de mémoire,
l’errance culturelle en Italie et en Europe centrale). Les parties s’intitulent (selon les
versions) : « Beyle, or Love is a Madness Most Discreet » (sur Stendhal/Beyle), «
All’estero », « Dr K Takes the Waters at Riva » (sur Kafka) et « Il ritorno in patria » (le
retour au pays natal). Le narrateur, souvent anonyme, endosse tour à tour la casquette du
passeur d’archives et du promeneur contemplatif : il rapporte rencontres et documents,
confie ses rêves, et lit les vies d’autrui comme des miroirs de la sienne.
L’œuvre joue du flou entre fiction et essai : biographies courtes d’auteurs connus
voisinent avec épisodes apparemment autobiographiques (voyages, rencontres) et avec de
courtes digressions — échos d’images et d’archives photographiques — qui saturent le
texte d’une matérialité visuelle.
Résumé détaillé
1) « Beyle, or Love is a Madness Most Discreet »
La première partie s’ouvre sous la forme la plus apparemment conventionnelle du livre :
une courte biographie de Henri Beyle (Stendhal). Sebald y reprend des éléments
biographiques connus — la jeunesse, le service dans les armées napoléoniennes,
, l’installation ultérieure en Italie — mais il opère aussi une lecture subjective et
conjecturale de ces données. Plutôt que de proposer une biographie exhaustive, le texte
accentue les scènes et les impressions qui incarnent la « fièvre » propre à Beyle : l’ivresse
des paysages italiens, la passion amoureuse décrite dans De l’amour et l’instabilité
nerveuse qui confine au vertige.
Sebald s’attarde sur épisodes précis tels que les séjours milanais et vénitiens et met en
scène une conversation (avec une Mme Gherardi) où surgit, de manière inattendue,
l’image d’un bateau qui débarque une civière — image dont la provenance (la nouvelle
de Kafka, « Le chasseur Gracchus ») ne sera révélée que plus loin dans le volume. Ce
déplacement d’une image entre auteurs et époques montre la stratégie centrale de Sebald :
faire résonner des fragments littéraires comme des signes circulant d’un récit à l’autre.
Le récit sur Beyle décrit aussi sa manière d’écrire sur l’amour (son mélange de lucidité et
d’exaltation), et laisse entendre que le « vertige » ne se limite pas à une sensation
physique mais constitue un état moral et esthétique — un effet produit par le contact avec
certaines œuvres, certains visages et certains lieux. Sebald juxtapose des données
factuelles et des hypothèses interprétatives, laissant largement à la voix du narrateur le
soin de combler les blancs.
2) « All’estero »
La deuxième partie est la plus longue et la plus mouvante : elle se présente comme le
récit de deux voyages du narrateur en Italie (Sebald situe ces déplacements en 1980 et en
1987). Le récit commence par un épisode viennois puis se poursuit à Venise, Vérone et
dans d’autres villes alpines, et articule impressions de voyage, rencontres et digressions
érudites.
Plusieurs scènes précises structurent le récit : la visite qu’effectue le narrateur à Ernst
Herbeck (poète interné) — rencontre qui ouvre la section et montre l’intérêt de Sebald
pour les figures de la marginalité et de l’art « outsider » ; des rêves et visions (notamment
un songe rappelant un tableau de Tiepolo évoquant Este) ; des épisodes empruntés ou
rappelant la vie de Casanova ; et des rencontres avec des journalistes, des anciens et des