L'espace et le temps. Approches en philosophie, mathématiques et physique - Préface
Extrait du Rhuthmos
https://rhuthmos.eu/spip.php?article1323
L'espace et le temps.
Approches en philosophie,
mathématiques et physique -
Préface
- Recherches
Date de mise en ligne : vendredi 3 octobre 2014
- Le rythme dans les sciences et les arts contemporains
- Physique
-
Rhuthmos
Copyright © Rhuthmos Page 1/5
, L'espace et le temps. Approches en philosophie, mathématiques et physique - Préface
C. Bouriau et al., « Préface » dans L'espace et le temps. Approches en philosophie, mathématiques et physique,
Paris, Kimé, 2011, 254 p. Paru dans la revue Philosophia Scientiæ n° 3/ 2011 (15-3), p. 9-16. Également accessible
ici. Nous remercions Christophe Bouriau de nous avoir donné l'autorisation de reproduire ce texte sur RHUTHMOS.
Ce volume fait suite à un colloque qui s'est tenu les 25 et 26 mars 2010 à la faculté des Sciences et Techniques de
l'université Henri Poincaré de Nancy. L'objectif était de faire se rencontrer philosophes, historiens des sciences,
physiciens et mathématiciens autour de la question de la nature de l'espace et du temps.
Cette question connaît indéniablement un important regain d'intérêt dans la communauté scientifique. Y répondre
est devenu, pour de nombreux physiciens, primordial dans la construction d'une théorie quantique de la gravitation,
dernier <span class='spip_document_2046 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:204px;'>
échelon, pense-t-on, avant d'accéder à une théorie unifiée de la nature inerte. Le questionnement dépasse
largement le processus d'investigation normal du physicien théoricien. La capacité des équations à nous révéler ce
qu'elles savent de l'espace-temps semble s'être maintenant épuisée et l'heure est revenue pour le physicien de se
tourner vers le philosophe. On se plaît à imaginer Einstein dans une situation analogue il y a un peu plus d'un siècle.
Conscient des limitations de la physique classique héritée de Newton, il comprend qu'il doit revenir sur les concepts
les plus fondamentaux sur lesquels se fonde la théorie. Sa réflexion l'amène à une nouvelle définition du concept de
simultanéité. Dans l'article fameux de 1905, Einstein présente brillamment sa nouvelle théorie relativiste comme une
conséquence logique de cette nouvelle définition. On se plaît donc à rêver, qu'un siècle plus tard, une nouvelle
redéfinition des concepts d'espace et de temps permettra de donner une nouvelle impulsion à la recherche en
physique.
L'espace et le temps n'ont pourtant joué pendant longtemps qu'un rôle secondaire en physique. Réminiscences du
monde supra-lunaire immuable d'Aristote, espace et temps sont absolus dans la physique newtonienne. Simple
contenants pour la matière, ils ne tiennent qu'un second rôle de spectateurs. L'espace est traditionnellement
présenté comme le théâtre dans lequel se jouent les événements physiques. L'enchaînement de ces événements se
fera avec la même régularité pour tous les observateurs, indépendamment de leur position et de leur vitesse. La
grande fécondité de la physique newtonienne tient au fait qu'espace et temps ont gagné au cours du XVIIe siècle
une structure mathématique. La position spatiale est maintenant quantifiée par les coordonnées cartésiennes. À l'axe
temporel viennent s'ajouter trois axes spatiaux, même si la direction du premier par rapport aux trois autres est
relative puisque dépendante de l'observateur. La mécanique livre la connaissance de la trajectoire qui lie les
coordonnées spatiales des points matériels avec le temps. Déjà une relativité galiléenne met en relation la
perception de l'espace par différents observateurs. Les coordonnées cartésiennes mesurées par chacun d'entre eux
sont reliées par des transformations galiléennes faisant explicitement intervenir le temps. Disjoints, espace et temps
n'en sont donc pas moins indissociables en mécanique newtonienne.
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L'espace et le temps.
Approches en philosophie,
mathématiques et physique -
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- Physique
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, L'espace et le temps. Approches en philosophie, mathématiques et physique - Préface
C. Bouriau et al., « Préface » dans L'espace et le temps. Approches en philosophie, mathématiques et physique,
Paris, Kimé, 2011, 254 p. Paru dans la revue Philosophia Scientiæ n° 3/ 2011 (15-3), p. 9-16. Également accessible
ici. Nous remercions Christophe Bouriau de nous avoir donné l'autorisation de reproduire ce texte sur RHUTHMOS.
Ce volume fait suite à un colloque qui s'est tenu les 25 et 26 mars 2010 à la faculté des Sciences et Techniques de
l'université Henri Poincaré de Nancy. L'objectif était de faire se rencontrer philosophes, historiens des sciences,
physiciens et mathématiciens autour de la question de la nature de l'espace et du temps.
Cette question connaît indéniablement un important regain d'intérêt dans la communauté scientifique. Y répondre
est devenu, pour de nombreux physiciens, primordial dans la construction d'une théorie quantique de la gravitation,
dernier <span class='spip_document_2046 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:204px;'>
échelon, pense-t-on, avant d'accéder à une théorie unifiée de la nature inerte. Le questionnement dépasse
largement le processus d'investigation normal du physicien théoricien. La capacité des équations à nous révéler ce
qu'elles savent de l'espace-temps semble s'être maintenant épuisée et l'heure est revenue pour le physicien de se
tourner vers le philosophe. On se plaît à imaginer Einstein dans une situation analogue il y a un peu plus d'un siècle.
Conscient des limitations de la physique classique héritée de Newton, il comprend qu'il doit revenir sur les concepts
les plus fondamentaux sur lesquels se fonde la théorie. Sa réflexion l'amène à une nouvelle définition du concept de
simultanéité. Dans l'article fameux de 1905, Einstein présente brillamment sa nouvelle théorie relativiste comme une
conséquence logique de cette nouvelle définition. On se plaît donc à rêver, qu'un siècle plus tard, une nouvelle
redéfinition des concepts d'espace et de temps permettra de donner une nouvelle impulsion à la recherche en
physique.
L'espace et le temps n'ont pourtant joué pendant longtemps qu'un rôle secondaire en physique. Réminiscences du
monde supra-lunaire immuable d'Aristote, espace et temps sont absolus dans la physique newtonienne. Simple
contenants pour la matière, ils ne tiennent qu'un second rôle de spectateurs. L'espace est traditionnellement
présenté comme le théâtre dans lequel se jouent les événements physiques. L'enchaînement de ces événements se
fera avec la même régularité pour tous les observateurs, indépendamment de leur position et de leur vitesse. La
grande fécondité de la physique newtonienne tient au fait qu'espace et temps ont gagné au cours du XVIIe siècle
une structure mathématique. La position spatiale est maintenant quantifiée par les coordonnées cartésiennes. À l'axe
temporel viennent s'ajouter trois axes spatiaux, même si la direction du premier par rapport aux trois autres est
relative puisque dépendante de l'observateur. La mécanique livre la connaissance de la trajectoire qui lie les
coordonnées spatiales des points matériels avec le temps. Déjà une relativité galiléenne met en relation la
perception de l'espace par différents observateurs. Les coordonnées cartésiennes mesurées par chacun d'entre eux
sont reliées par des transformations galiléennes faisant explicitement intervenir le temps. Disjoints, espace et temps
n'en sont donc pas moins indissociables en mécanique newtonienne.
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