CHAPITRE 1 : LE COMMUNITY LAND TRUST
Le CLT est présenté comme une alternative innovante à la politique classique d'accès à la propriété, en
appliquant la théorie des biens communs au domaine du logement. Le sol, ressource rare et non renouvelable,
ne devrait pas pouvoir faire l'objet d'une appropriation privée illimitée.
1. Le contexte : pourquoi la politique actuelle d'accès à la propriété est problématique
La propriété, pourquoi c'est important
La propriété est valorisée pour plusieurs raisons concrètes : elle offre une stabilité face aux bailleurs, permet
d'investir affectivement dans son logement, constitue une épargne forcée et protège contre l'inflation (le
remboursement hypothécaire reste stable contrairement aux loyers indexés).
Les limites des politiques actuelles
L'État belge a multiplié les aides à l'acquisition (bonus logement, chèque habitat wallon, abattements sur droits
d'enregistrement, prêts à taux préférentiel…), mais ces politiques souffrent de plusieurs défauts majeurs :
• L'effet d'aubaine : les aides bénéficient souvent à des ménages aisés qui auraient de toute façon acheté,
sans ciblage social réel.
• L'argent public "perdu" : les logements achetés avec soutien étatique peuvent être revendus au prix du
marché, sans aucune rétrocession à la collectivité. Les subsides sont donc à usage unique et doivent
être répétés indéfiniment.
• L'effet pervers sur les prix : en augmentant la capacité d'achat des ménages, ces aides font
mécaniquement monter les prix de l'immobilier, bénéficiant surtout aux vendeurs.
• L'endettement excessif : l'obsession de la propriété pousse certains ménages à s'endetter au-delà de
leurs moyens, avec risque de saisie.
• L'étalement urbain : la propriété est culturellement associée à la maison individuelle, ce qui pousse les
ménages bruxellois à quitter la ville pour la périphérie, générant surconsommation d'espace, gaspillage
énergétique, embouteillages et érosion de la base fiscale bruxelloise (solde migratoire interne négatif :
environ 15.000 habitants perdus par an).
2. Les principes fondateurs du CLT
A. Le démembrement du droit de propriété : le droit de superficie
Le mécanisme juridique central est la dissociation entre propriété du sol et propriété du bâti, fondée sur une
loi de 1824 toujours en vigueur.
Concrètement : Le CLT (organisation sans but lucratif) garde la propriété du terrain (le tréfonds). Le résident
(superficiaire) devient propriétaire du bâtiment pour une durée maximale de 50 ans, via un droit de superficie.
Ce droit est un vrai droit de propriété : le résident peut contracter un emprunt hypothécaire, bénéficier des aides
fiscales, faire des travaux, etc.
Les avantages financiers concrets
• Pas de coût pour le terrain (qui représente 20 à 30% du prix d'un bien classique).
• Droits d'enregistrement réduits : 2% au lieu de 12,5% à Bruxelles.
• Prix d'achat global inférieur d'environ un tiers par rapport au marché.
• Prêt hypothécaire plus court, donc moins d'intérêts au total.
• Prix d'achat modulé en fonction des revenus du ménage.
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